Les médias sont beaucoup trop frileux

La couverture médiatique n’est pas encore à la hauteur des bouleversements climatiques.
Par Aline Andrey

A l’heure du sommet de Copenhague, des réponses au changement climatique sont urgentes, tant de la part des politiques, des entreprises, des individus… que des médias. Car si la couverture médiatique n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui, les lacunes restent nombreuses.
Mike Shanahan, attaché de presse à l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED), estime ainsi que la majorité des journalistes n’a toujours pas pris conscience de l’étendue des bouleversements. „La crise économique a éclipsé le changement climatique alors que c’était une réelle opportunité de relier les deux problèmes et montrer que le développement durable s’applique à ces deux défis”, explique-t-il en guise d’exemple. Dans son rapport „Changement climatique et médias: à quand la révolution?” *, Mike Shanahan relève plusieurs problèmes, dont le manque d’intérêt et de formation sur la thématique.
„La majorité des rédacteurs en chef a fait des études de lettres, et n’a pas l’envie ou les moyens de comprendre des sujets scientifiques.” Inversement, des journalistes scientifiques se retrouvent à couvrir des problèmes politiques puisque le changement climatique touche aujourd’hui l’économie, la santé, les migrations, la sécurité …

Equilibre dangereux. Au Royaume-Uni, un sondage mené en 2007 révélait que 56 pour cent des sondés pensait qu’„un grand nombre d’experts doutent encore que l’activité humaine contribue au changement climatique”. „C’est un des nombreux exemples d’un équilibre journalistique raté, issu du désir de neutralité des médias, qui ont pour habitude de présenter deux points de vue. Il faut aussi se rappeler que, dans le milieu journalistique, le conflit est en général plus vendeur que le consensus”, commente Mike Shanahan dans son rapport. Globalement, la population des pays industrialisés est donc mal informée, avec le bonnet d’âne aux Etats-Unis où une large partie de la population ne voit toujours pas le changement climatique comme un problème.
En outre, quand le message passe, „le public est encore confronté à l’image d’un scénario catastrophe, qui lui donne un sentiment d’impuissance”. D’où l’importance pour Mike Shanahan de mettre l’accent non pas sur des statistiques terrifiantes, mais plutôt sur les solutions et les façons dont le monde peut s’adapter aux effets du changement climatique, en tenant compte des spécificités de chaque public.

Médias du Sud discriminés. La situation des médias est particulièrement préoccupante dans les pays en voie de développement, premières victimes du changement climatique. Au manque de formation des journalistes s’ajoutent les faibles ressources financières, l’accès limité aux informations et aux spécialistes, ainsi que le manque de soutien des rédactions, peut-on lire dans l’ouvrage collectif „Climate change and the Media” (dans lequel intervient Mike Shanahan).
Lors du sommet à Bali en décembre 2007, sur les 1500 journalistes inscrits, seule une centaine provenait de pays „non-industrialisés” (sans compter les journalistes indonésiens) et aucun des 50 „pays les moins avancés” (PMA). Même si plusieurs organisations (IIED, Media21, Panos Network …) tentent de palier les inégalités entre les médias du Sud et du Nord, la majorité des informations dans ces pays ont encore comme sources des médias occidentaux. Conséquences: l’angle local est quasi inexistant; et l’anglais, comme langue de transmission, prédominant. Dès lors, dans certaines régions rurales, il n’est pas rare que les causes au changement climatique soient encore vues comme „une punition de Dieu”.

*Le rapport en entier et le guide „Cop15 for journalists: a guide to the UN climate change summit” sur www.iied.org

Aline Andrey est journaliste libre.

© EDITO 2009



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