La Suisse bouge trop lentement

Les Conventions de Genève ne contiennent qu’une seule disposition concernant les journalistes. Qu’attend la Suisse pour prendre l’initiative?
Par Blaise Lempen

Sauf en cas de catastrophe, les gouvernements bougent très lentement, c’est bien connu. Convoquée à l’initiative de la Suisse en collaboration avec le CICR, les 9 et 10 novembre, la conférence sur les 60 ans des Conventions de Genève et les décennies à venir a procuré un espoir. Micheline Calmy-Rey a annoncé à cette occasion sa volonté de mieux faire respecter le droit international humanitaire et de renforcer les Conventions de Genève. Interrogé au terme de la conférence, l’ambassadeur Paul Seger, directeur du droit international public au Département fédéral des Affaires étrangères, a affirmé „être prêt à organiser une réunion sur la protection des journalistes”.
Le lien entre l’accès des journalistes aux zones de conflit et le respect du droit international est évident. En l’absence de témoins, crimes de guerre et crimes contre l’humanité passent inaperçus. Les belligérants peuvent massacrer, emprisonner, violer en toute impunité.
Bien trop souvent, les zones de guerre sont interdites aux journalistes pour des raisons de sécurité. Des groupes armés n’hésitent en outre pas à enlever ou tuer des journalistes.

Le nombre de journalistes tués depuis janvier 2009 dépasse les 80, selon le décompte de la Presse Emblème Campagne (PEC) sur son site Internet (www.pressemblem.ch), avec en tête de liste le Mexique, le Pakistan, les Philippines, la Somalie et la Russie comme pays les plus dangereux. Un bilan proche des 91 journalistes tués l’an dernier.
Les assassinats ne sont pas tout. De nombreux enlèvements de journalistes ont eu lieu depuis le début de l’année, en particulier en Somalie, en Afghanistan et au Pakistan – une zone devenue aussi dangereuse que l’Irak ces dernières années. Dans plusieurs cas, les medias impliqués, à l’instar du „New York Times”, ont maintenu un strict embargo sur la détention de leur correspondant pour ne pas compliquer les négociations (lire EDITO No 4, 2009). Une attitude qui soulève pas mal de questions pour des professionnels de l’information.

L’accès des médias aux zones de conflit, de Gaza au Yémen, du Sri Lanka à l’Afghanistan, a été très réduit. La couverture du conflit est, disent les militaires, trop risquée. Les zones de combat sont donc interdites aux journalistes. En outre, la crise financière qui frappe la plupart des médias n’incite pas les rédactions à envoyer leur personnel sur le terrain. C’est trop coûteux. Les conflits sont traités à distance ou carrément oubliés.
Pour en revenir aux Conventions de Genève, celles-ci ne contiennent qu’une seule disposition concernant les journalistes: à savoir qu’ils bénéficient des mêmes garanties de protection que tous les autres civils (article 79 du protocole 1) – alors même que leur mandat est bien spécifique et différent.
Le moment n’est-il pas venu de rediscuter ce grave problème avec tous les acteurs concernés? Qu’attend la Suisse, qui a une responsabilité morale en tant qu’Etat dépositaire des Conventions de Genève? Davantage de morts, davantage de crimes de guerre commis en l’absence de témoins?

Blaise Lempen est correspondant de l’ATS à l’ONU et cofondateur de la PEC.

© EDITO 2009



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