Canal+ diffuse à partir de janvier 2010 trois téléfilms sur la vie du terroriste Carlos sans même l’avoir approché. Emprisonné à vie en France, ce dernier est décidé à porter plainte au nom du „droit à l’image”. Par Ian Hamel
Fin 2008, Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, 60 ans, qui purge une peine de prison à vie en région parisienne, apprend que l’on tourne des films sur lui. Trois téléfilms de 90 minutes chacun, intitulé „Le Prix du Chacal”, et qui seront diffusés sur Canal+ à partir de janvier 2010. Les épisodes s’intitulent „Carlos 3-DST 0”, évoquant la tuerie à Paris qui a valu à Carlos sa condamnation en France. „Je m’appelle Carlos” revient sur la prise d’otages à Vienne en 1975. „Le mercenaire” raconte sa chute, jusqu’à son arrestation par les services secrets français au Soudan en 1994.
Une œuvre de fiction. Par l’intermédiaire de son avocate et épouse Isabelle Coutant-Peyre, une lettre est adressée à la chaîne cryptée le 19 septembre 2008. Elle rappelle qu’il existe „des droits sur l’image et la personnalité”. En d’autres termes, on ne peut pas dire ou écrire n’importe quoi, même si l’individu, considéré comme un terroriste, a été condamné pour crimes. Le 22 octobre 2008, Christine Nguyen Duc Long, directrice juridique Edition de Canal+, répond qu’elle n’a „aucune information utile” à communiquer. Et surtout que „notre chaîne s’oppose fermement à toute ingérence extérieure dans le processus de création d’une œuvre de fiction, y compris lorsque celle-ci s’inspire de faits réels”.
Vérifier les faits. Une attitude pour le moins curieuse, et fort peu journalistique. Avant d’écrire une biographie, la première démarche ne consiste-t-elle pas à approcher la personne: Il ne s’agit pas de la cautionner, mais de tenter de vérifier certains faits. Ni le journaliste, ni le réalisateur, ni le producteur n’ont été témoins des prises d’otages ou des attentats commis par Carlos. L’auteur de l’article a eu l’occasion d’entrer en contact avec Ilich Ramirez Sanchez lorsqu’il préparait un ouvrage sur Oussama Ben Laden. Les deux terroristes vivaient à la même époque à Khartoum, la capitale du Soudan.
Prise d’otages à Vienne. Par ailleurs, il est pour le moins étonnant que Canal+ parle clairement d’une „œuvre de fiction”. Même si on s’attend à ce que des téléfilms romancent la réalité, les téléspectateurs veulent de l’information crédible. Pas un Carlos enlevé par les extra-terrestres ou associé à Tarzan. Sans aller jusque là, Isabelle Coutant-Peyre soupçonne la société Film en Stock, qui produit „Le Prix du Chacal”, de travestir la réalité. Notamment la prise d’otages à Vienne en décembre 1975 à l’occasion d’une conférence de l’OPEP. C’est là que le grand public découvre pour la première fois Carlos, grand, mince, une courte barbiche et un béret sur la tête. Trois personnes avaient été tués.
Kadhafi ou Hussein? Selon Carlos, cette opération a germé dans l’esprit du colonel Kadhafi en octobre 1975 à Tripoli. Le maître de la Libye entendait donner une leçon aux saoudiens qui faisaient chuter les prix du pétrole. Or, „pour ne pas mettre en cause Kadhafi, le film prétend que c’est Saddam Hussein qui serait derrière cette prise d’otages. C’est pratique, Saddam Hussein est mort”, lâche Isabelle Coutant-Peyre. A plusieurs reprises, nous avons contacté Film en Stock afin d’éclaircir ce point. La société n’a pas souhaité nous répondre. Derrière les barreaux de sa cellule, Carlos est bien décidé à déposer une plainte. Ian Hamel est journaliste et écrivain. Il a publié „La vérité sur Tariq Ramadan” et „L’énigme Oussama Ben Laden”.
© EDITO 2009
|