La SSR a mal à son budget

La situation financière de la SSR est inquiétante. Elle doit impérativement revoir son mode financement ou envisager des plans d’économie drastiques, sous peine de voir ses comptes plonger dès 2010. Voici quelques scénarios possibles.
Par Philipp Cueni

La SSR ne pourra maintenir son train de vie actuel si elle ne trouve pas rapidement de nouvelles recettes. Si rien n’est entrepris pour modifier l’équilibre entre recettes et dépenses, sa situation financière continuera de se détériorer et elle risque d’essuyer une perte colossale dès l’an prochain.

DÉMANTÈLEMENT
Le statu quo est maintenu: la perte se creuse encore un peu plus et le niveau d’endettement de la SSR prend alors des proportions dramatiques. Un plan de mesures d’économie, touchant aussi bien le personnel que les programmes, devra être mis en place à partir de 2010/2011 pour tenter de redresser la barre.

DÉMANTÈLEMENT+
Les annonceurs se font toujours plus rares: le manque à gagner dans le secteur publicitaire accuse encore le déficit et les prévisions doivent être revues à la baisse. Parmi les facteurs qui influencent le budget de la SSR, la publicité est en effet l’un des éléments les plus imprévisibles. Dans ce cas, le scénario du démantèlement devra s’appliquer de manière bien plus drastique encore.

AUGMENTATION DE LA REDEVANCE
Le Conseil fédéral décide d’augmenter la redevance. La SSR doit présenter un rapport dans lequel elle justifie ses besoins et si le Conseil fédéral reconnaît la nécessité d’une rallonge financière, il peut décider de l’accorder par le biais d’une augmentation de la redevance. Pour la période allant de 2010 à 2014, la SSR a besoin de 70 millions supplémentaires par année, ce qui correspondrait à une augmentation de 3 à 4 pourcent de la redevance.
Chaque ménage devrait alors payer 23 francs de plus par année. L’effort demandé au consommateur semble raisonnable, mais l’augmentation de la redevance est du ressort du politique. Or chaque fois que cette question vient sur le tapis, le débat s’enflamme, attisé tant par les politiciens que par les acteurs de la presse écrite. Quelle que soit la somme en jeu, le front anti-redevance monte au créneau en toute occasion et fait enfler le débat, à grands renforts d’arguments populistes.
La redevance se monte actuellement à 462 francs. A titre de comparaison, un abonnement à un quotidien coûte entre 350 et 490 francs.
L’augmentation paraît défendable, tant d’un point de vue politique que financier. Elle pourrait passer à condition que la SSR présente un rapport convaincant sur l’état de ses finances. A condition aussi que le Conseil fédéral prenne fermement position en faveur du service public, qu’il ait le courage politique de décider ce geste dans la période de crise économique que nous vivons et qu’il résiste aux pressions de la droite populiste.

ALLÉGEMENTS
Le Conseil fédéral déleste la SSR des charges qui sortent de ses attributions et qui grèvent son budget. La SSR supporte en effet financièrement certaines prestations qui n’ont rien à voir avec la politique audiovisuelle. La décision d’exempter de la redevance les personnes au bénéfice de modestes rentes AVS ou AI par exemple, prive la SSR chaque année de 25 millions de francs. Or ce chiffre est en augmentation. C’est une décision qui a trait à la politique sociale de notre pays et la logique voudrait que ses coûts soient supportés par l’Office fédéral des assurances sociales. Dans le même ordre d’idées, on peut se poser la question du financement de l’Orchestre de la Suisse italienne: n’incombe-il pas davantage à l’Office fédéral de la culture qu’à la SSR (EDITO No 3/2009)?
Ces ajustements salutaires nécessiteraient plusieurs modifications législatives et impliqueraient un report de charges sur le ménage fédéral. Ce scénario aurait toutefois l’avantage d’être neutre du point de vue des consommateurs. Dans la configuration actuelle, on peut néanmoins douter que les parlementaires acceptent d’alourdir le budget de la Confédération pour assainir les finances de la SSR.

AUGMENTATION DES RECETTES PUBLICITAIRES
La SSR augmente ses recettes par le biais du sponsoring et de la publicité. Pour être à même de remplir cette exigence, elle doit toutefois disposer d’une plus grande marge de manœuvre. Il s’agirait en particulier d’assouplir les principes régissant le sponsoring et la diffusion de publicité à la télévision, de restreindre les règles pour les diffuseurs étrangers, enfin d’autoriser la SSR à vendre des annonces sur les ondes et sur le web. Selon les estimations, la vente de publicité sur le web pourrait rapporter entre 5 et 6 millions de recettes supplémentaires. Mais c’est justement là que le bât blesse.
Les éditeurs de journaux et les télévisions privées – en particulier les diffuseurs étrangers disposant de fenêtres publicitaires destinées au public suisse – n’accepteront pas volontiers que la SSR vienne leur disputer leurs parts de marché. Le public pourrait également mal réagir à une extension massive des fenêtres publicitaires, car il en va aussi de l’image de la SSR en tant qu’entreprise de service public, qui se distingue des télévisions et des radios privées notamment sur le plan commercial.
La Loi sur la radio et la télévision devrait être modifiée pour permettre à la SSR de générer davantage de recettes de cette manière. Or un tel changement requerrait l’adhésion d’une majorité du Parlement, ce qui paraît difficile, tant les opposants sont nombreux, même s’ils sont motivés par des raisons différentes. Cette proposition risque de fédérer contre elle tous ceux qui ne souhaitent pas voir la publicité prendre davantage de place à l’antenne ou à l’écran, ainsi que le front anti-SSR et ses concurrents du marché publicitaire.

DIMINUTION DE LA REDEVANCE
La SSR doit faire face à une diminution de la redevance. Plusieurs courants politiques qui cherchent à réduire massivement la redevance et à affaiblir la SSR, font régulièrement des interventions dans ce sens. S’ils parviennent à leurs fins, le scénario du démantèlement devra alors s’appliquer, mais avec des conséquences encore bien plus lourdes sur les effectifs et sur les programmes.
Chef de file de cette tendance, le Conseiller national Filippo Leutenegger (PRD) a déposé une motion pour demander au Conseil fédéral de suspendre temporairement l’augmentation de la redevance décidée en 2007, en raison de la crise économique. Si cette mesure avait été acceptée, elle aurait privé la SSR de 17 millions de francs de recettes. Elle a finalement été écartée, mais le vote s’est joué à 5 voix près. Derrière le slogan „Action pour la liberté de la presse” se retrouvent plusieurs personnalités œuvrant dans le même sens que Leutenegger, dont la Conseillère nationale UDC Nathalie Rickli.
L’Association „Bye bye Billag” s’attaque, quant à elle, au système d’encaissement de la redevance, mais elle vise en réalité la SSR. L’initiative qu’elle prépare a pour but de supprimer Billag pour économiser ses frais de fonctionnement. Mais elle prévoit également de limiter le montant de la redevance à 100 francs par contribuable: la redevance passerait ainsi de 462 francs à 100 francs et pourrait s’élever à 300 francs au maximum par ménage. Si elle doit faire face à une telle diminution de ses recettes, la SSR ne pourra plus assurer les mêmes prestations. Or cet aspect rentre pleinement dans la logique de l’initiative, qui plaide également en faveur d’une réduction de l’offre de la SSR, jugée trop étendue.
Les initiants recourent à une argumentation démagogique qui rencontre un écho favorable et exerce une certaine pression sur la sphère politique. L’initiative devrait être lancée cet automne, mais sa formulation demeure encore assez floue. Il se passera probablement un certain nombre d’années avant que l’initiative soit votée et qu’elle déploie ses effets en cas d’issue favorable. Mais les initiants auront déjà réussi à influencer durablement l’opinion sur la question du financement de la SSR.

NOUVEAU MODÈLE DE FINANCEMENT
Le mode de financement de la SSR est revu et fait appel à de nouvelles solutions. Partout en Europe, les chaînes de radio et de télévision publiques sont sous pression et la redevance est un sujet particulièrement litigieux. A chaque pays sa solution: En Angleterre, le financement de la BBC est assuré depuis longtemps par la redevance, tandis qu’en France, Nicolas Sarkozy vient de priver la radio et la télévision publiques de toute possibilité de financement par le biais de la publicité.
La SSR pourrait aussi expérimenter d’autres modèles, mais il s’agit avant tout de fixer le cadre et de s’accorder sur les questions de base: quelle qualité veut-on maintenir et à quel prix? Quelle offre doit être financée par la collectivité et dans quelle ampleur? Les alternatives existent, qui peuvent passer par des solutions mixtes. On peut par exemple imaginer que la redevance continue de financer l’offre de base, accessible à tous, et que certaines prestations soient payées séparément par le consommateur. Les programmes ayant des coûts très élevés comme les retransmissions des grands événements sportifs ou les séries à la mode, pourraient être proposées seulement sur demande et contre paiement. Quelle que soit la solution adoptée au final, elle combinera certainement des éléments empruntés aux différents scénarios.

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