François Gross est chroniqueur au „Temps”
EDITO: La NZZ vient de lancer sa nouvelle formule en fanfare et les réactions sont partagées. Coup marketing, vraie refonte du journal? Quels sont les changements notables? François Gross: Les changements graphiques qui nous ont été annoncés, me semblent moins marqués que ce que l’on était en droit d’espérer. Certes, on observe qu’une plus grande place est faite à la photographie. Le choix de réunir les rubriques suisse et internationale me semble logique et bien pensé, car il y a interdépendance entre les deux. Enfin, l’introduction des signatures en toutes lettres est assez révolutionnaire: cette „personnalisation” du journal est aussi dans l’air du temps.
Ces changements sont nécessaires, même s’ils fâchent le lectorat de base? Comme tous les journaux traditionnels, la NZZ a sa vieille garde qui l’observe attentivement et réagit au moindre changement. C’est une véritable institution, qui s’est toujours bien démarquée des autres journaux, en particulier du „Tages-Anzeiger”. Mais on en vient de plus en plus à se demander qui a le temps de lire la NZZ intégralement? Peut être une génération en voie de disparition …
Certains parlent d’un „emplâtre sur une jambe de bois”? La crise que nous vivons rend certains choix inévitables. La presse dite sérieuse doit impérativement laisser tomber les news pour faire davantage de place au commentaire, à l’investigation, au reportage et à tout ce que l’on ne trouve pas ailleurs. Les journaux devraient aussi se poser un certain nombre de questions fondamentales: est-il nécessaire de publier tous les jours toutes ces pages boursières, de même que tous les numéros de services? Ils ont peut-être trop tardé à revoir leur mode de fonctionnement et ceux qui ne peuvent se le permettre disparaîtront. Au prix de quelques remises en question, certains journaux plus consistants ont des chances de durer. Car il est faux de dire que le lecteur est un béotien qui peut se contenter de comptes-rendus sans intérêt. Il y a en Suisse beaucoup de gens bien formés, qui cherchent des lectures correspondant à leur soif de connaissance.
Propos recueillis par Anne-Sylvie Mariéthoz.
© EDITO 2009
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