La terre a la une

Les médias doivent-ils sauver des vies?

„Mais qu’est-ce que je peux vous raconter pour que vos canards parlent enfin de ces gamins qui vont crever au Niger, parce qu’on ne trouve pas 16 millions de dollars pour prévenir cette famine évitable.”C’était en mai 2005. Après le briefing de l’ONU à Genève, une responsable humanitaire craque: „Vous ne publiez rien… et l’argent n’arrive pas.” Dans les médias occidentaux, l’extraordinaire feuilleton du tsunami monopolise le pathos.

Enfin le 19 juillet, BBC World montre des enfants nigériens à l’agonie. Le monde médiatique et politique se réveille. Une semaine après, l’ONU a 17 millions. De quoi limiter les dégâts, de justesse.

Médias sauveurs? A priori ce n’est pas leur rôle… mais le décompte par Alertnet Reuters de 107 publications anglophones du monde entier montre que surmédiatisation ou omission peuvent se traduire par des milliers de morts en plus ou en moins.

Les 13 crises de 2005 révèlent une stupéfiante corrélation entre le nombre d’articles et l’argent récolté. Le tsunami (12 000 articles) a drainé 14 milliards de dollars, soit 1241 par bénéficiaire: record absolu face aux 27 dollars par victime de quatre drames africains (Tchad, Côte d’Ivoire, Niger, Malawi – 200 à 300 articles chacune).

Ces chiffres montrent la nécessité d’un dialogue sérieux. Au lieu de les appeler pour leur com ou une couverture instantanée, les agences d’aide pourraient intégrer des journalistes locaux et étrangers – bien sûr indépendants et critiques – dans la gestion des crises. Et même leur anticipation. Comme partenaire de discussion sur la manière d’informer les victimes (secours, routes, rumeurs), sur l’efficacité et à la transparence des millions dépensés. Sans oublier l’apport de facebook, twitter, SMS et Cie.

Ce concept, improvisé à Haïti, s’élabore. Des agences comme Internews, Reuters, BBC développent de telles activités opérationnelles. Avec des milieux humanitaires, elles ont lancé CDAC (http://crisescomm.ning.com): une plateforme basée à Londres, alors qu’elle devrait logiquement être à Genève, cœur des urgences planétaires. Après l’échec du Forum humanitaire mondial de Kofi Annan, cette ville devrait proposer une réelle innovation: des concertations informelles entre groupes médias, humanitaires, militaires, industriels, etc. Un défi pour la future Maison de la Paix?

Daniel Wermus
Directeur
Media21 – Réseau de journalisme global Genève
dwermus@media21geneva.org

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