Une frontière, deux modèles

Symbole d’équité sociale, la gratuité dans la formation des journalistes a-t-elle encore un avenir? Deux modèles s’affrontent.
En Suisse alémanique, le MAZ lucernois justifie un écolage très élevé par son statut de „Rolls” des médias, partenaire de l’Université de Hambourg. A côté des 17 000 francs par an que coûtent les études à Lucerne, les 8000 francs (pour deux ans) de l’AJM ressemblent à la cotisation du pauvre. „D’autant que les étudiants en récupèrent 4000 via des stages obligatoires et intégrés dans le curriculum vitae. Donc le programme coûte beaucoup moins. En fait, la profession contribue au financement du Master via les stages rémunérés. C’est un montage financier avantageux pour tout le monde, très bon marché en comparaison avec d’autres formations professionnelles”, estime Vincent Kaufmann.
En Suisse romande, Neuchâtel mis à part, la tendance à faire passer les étudiants à la caisse épargne encore les aspirants journalistes. „Je veux une formation citoyenne. J’aimerais donner leur chance à des gens motivés. Tant que je serai là, les étudiants ne paieront rien d’autre que 500 francs, leur taxe de base pour entrer à l’Université”, tonne Uli Windisch, directeur du programme genevois.
A Lausanne, le temps où les cantons et certaines entreprises éclairées mettaient la main à la poche est révolu. Le coût des infrastructures est pris en charge en grande partie par les éditeurs. Des dons et une prestation de l’OFCOM viennent alimenter les entrées, permettant au CRFJ de rouler avec un budget de 819 000 francs en 2008.
Un appoint non négligeable provient des intérêts de la fortune du CRFJ, aujourd’hui gérée par la Banque cantonale du Valais: 1,45 million de francs, en recul de 203 000 francs l’an dernier du fait de moins-values boursières. „Une chute comptable”, corrige Jean-Yves Bonvin qui s’occupe des comptes du CRFJ. „La perte atteint 12 %, ce qui n’est pas du tout inhabituel”, insiste celui qui dirigea „Le Nouvelliste” jusqu’à la fin de l’année dernière. CC

„EN TOUTE CONNAISSANCE DE CAUSE ...”
Suite à l’entretien qu’elle a eu avec la rédaction d’EDITO, Eliane Ballif, directrice du CRFJ, nous a fait parvenir les précisions suivantes:
„C’est en toute connaissance de cause quant aux risques de concurrence que, dès 2005, le Conseil de fondation du CRFJ a contribué à l’avènement en Suisse romande d’une formation supérieure au métier de journaliste, dotée d’un diplôme reconnu au plan européen.Les termes du partenariat entre l’AJM et la Fondation du CRFJ (PRESSE SUISSE, la SSR et impressum) sont les suivants: en échange d’une présence à tous les échelons de décision de l’Institut (sélection des étudiants, plan d’étude, Conseil de l’institut) et d’une reconnaissance de la formation CRFJ (deux ans en entreprise + neuf semaines de cours) en termes de crédits ECTS (60 au maximum, ce qui veut dire que les diplômés du CRFJ – par ailleurs universitaires – peuvent accéder au master plus rapidement, en étant exemptés de la partie stages et ateliers pratiques), la FCRFJ garantit deux fois deux mois de stage dans des médias de Suisse romande pour les 30 étudiants de l’AJM. Dans les faits, la directrice du CRFJ, par ailleurs membre de la Commission du plan d’étude de l’AJM, assume également la responsabilité pédagogique et organisationnelle des six semaines d’atelier TV faisant partie du programme d’étude de l’AJM.”

© EDITO 2009



(C) 2006 - Alle Rechte vorbehalten

Diese Seite drucken