Journaliste et... dentiste

Au Kosovo, le journalisme nourrit difficilement son homme. Le salaire moyen varie entre 300 et 600 euros.
Propos recueillis par Aline Andrey

Comme beaucoup de travailleurs au Kosovo, nombre de journalistes cumulent les emplois. Ekrem Çitaku, 32 ans, est l’un d’eux. Dentiste, il travaille à l’hôpital le matin, puis dans sa radio l’après-midi, avant de retourner en soirée dans son cabinet privé d’orthodontie.
C’est dans le contexte de l’après-guerre, en l’an 2000, que le jeune homme crée une radio dédiée aux jeunes, „Radio Vala Rinore”, puis, en 2005, un réseau multiethnique sur le Web: „Human Rights Radio Network” (HRN), qui regroupe actuellement 9 stations de radio de diverses communautés (albanaise, serbe, rom, turque, bosniaque).

EDITO: Comment en êtes-vous arrivé à être journaliste et dentiste?Ekrem Çitaku: Le journalisme a toujours été ma passion. Quand j’étudiais à la faculté de médecine dentaire, j’avais créé un magazine d’étudiants. Ensuite, j’ai décidé de continuer à travailler dans ces deux domaines. Gérer son temps est le point crucial. Mais, quand tu aimes ce que tu fais, tu trouves toujours le moyen de t’organiser.

Quelles sont les objectifs de Radio Vala Rinore et du HRN?Radio Vala Rinore n’est pas seulement une radio de divertissement pour les jeunes (ndlr: la moitié de la population kosovare a moins de 25 ans), mais aussi un moyen de les informer et de les éduquer afin de construire avec eux un avenir meilleur. Chaque lundi, des jeunes de communautés diverses se réunissent pour débattre, sur nos ondes, de leur vie, de l’écologie, de la corruption… Pour le HRN, les journalistes des différentes radios produisent ensemble une émission de 35 minutes par semaine, et organisent un débat multiethnique chaque mardi. Nous développons également des stages de formation pour les journalistes, les responsables éditoriaux, les techniciens.

D’où proviennent les budgets de la radio et du network?La radio rentre dans ses frais à 100 % grâce à la publicité. Pour le network, nous créons des émissions en liens étroits avec différents organismes internationaux, comme l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), le Bureau civil international (ICO – International Civilian Office), la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)…

Ne subissez-vous pas des pressions, que ce soit de la part de ces organisations internationales ou du gouvernement?Non, il n’y a pas de censure. En tant que journaliste, nous sommes libres de débattre et d’enquêter sur toutes les questions d’intérêt public. Nous sommes comme des chiens de garde. Par exemple, nous avons mené une enquête pendant neuf mois sur l’utilisation des voitures officielles à des fins privées. Nous avons rapporté beaucoup de preuves et en avons informé le public. La justice n’a rien fait. Mais s’il y a encore des abus, ils se font certainement avec davantage de craintes.

Beaucoup de Serbes kosovars sont tournés vers les informations diffusées par Belgrade… Quel peut être votre impact sur la minorité serbe?Notre radio couvre 90 % du territoire du Kosovo et nous touchons toutes les communautés. Le network englobe par ailleurs des radios de langue serbe. Et lors des débats, nous faisons appel à des traducteurs.

Quel est votre rêve pour votre radio, votre network, votre pays?J’espère que nous pourrons améliorer la technologie et avoir un réseau de radio qui s’étende à l’Union européenne; continuer à travailler à la préservation de notre culture et faire face aux défis sur notre chemin vers l’intégration européenne. Nous souhaitons également créer une télévision qui puisse promouvoir la société civile, la jeunesse et la vie en commun au Kosovo.

Aline Andrey est journaliste indépendante. Cette interview a été réalisée dans le cadre de l’atelier organisé par media21 qui s’est tenu à Genève et au Kosovo sur le rôle des journalistes dans le processus de paix (www.media21geneva.org

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