Bas les pattes - du Tessin!

Les mesures d’économie de la SSR-SRG, annoncées en juin, ont suscité en Suisse italienne un débat très animé sur le rôle de l’organisme de radio-télévision dans le soutien apporté aux manifestations et institutions culturelles.
Par Giorgia Reclari

Publiées ponctuellement comme cela avait été annoncé, les mesures d’économie prévues par la SSR-SRG-Idée Suisse pour assainir le déficit de l’entreprise, ont déclenché une véritable tempête en Suisse italienne, rouvrant le débat sur la gestion de la politique culturelle dans le secteur public, privé et parapublic. En effet, certaines mesures touchent, avec une intensité et des modalités différentes, diverses réalités culturelles parmi les plus importantes de la Suisse italienne: l’Orchestre de la Suisse italienne (OSI), l’Estival Jazz et le Festival international du Film de Locarno. Dans le premier cas il s’agit d’une décision, dans les deux autres d’une hypothèse liée à l’évolution du marché publicitaire.

„Bas les pattes.” Le dédit du contrat avec la Fondation de l’OSI, qui prévoit à partir de 2013 une coupe de 2 millions sur un total de 3,5 millions versés annuellement à l’OSI, et le maintien (avec une disponibilité face à l’accroissement) des contrats pour la production de concerts, fait partie du premier paquet de mesures urgentes. Une réaction de condamnation provint immédiatement de plusieurs fronts, et notamment du monde politique. Il se peut que la saveur d’une intervention centraliste pilotée par Berne réveille des souvenirs encore frais dans les mémoires (événements des „Officine” de Bellinzona). Ce n’est donc pas un hasard si les défenseurs de l’OSI ont paraphrasé le fameux slogan „Giù le mani dalle officine” (bas les pattes des ateliers), même si dans ce cas, il ne s’agit pas de fermeture.

Minorité culturelle et privilège. Le débat sur les modalités d’aide à la culture, dont les protagonistes se renvoient la balle d’un camp à l’autre pour désigner de nouveaux partenaires éventuels, fut lui aussi immédiat et virulent. Le Canton a confirmé sa participation de 3,5 millions, mais sans augmentation; la direction de l’OSI pense aux privés; tous regardent plein d’espoir la ville de Lugano, siège de l’Orchestre et du futur Pôle culturel, pour lequel la municipalité fut la première à se mobiliser contre ce qu’elle a défini comme des „décisions qui pénalisent la Suisse italienne et le fédéralisme culturel”. Elle a été suivie dans ses revendications par le Canton, qui a adressé une demande à la SSR-SRG afin que celle-ci réexamine sa proposition de réduction de participation. Mais la condition de minorité culturelle qui caractérise la Suisse italienne „ne doit plus être uniquement un privilège grâce auquel elle reçoit des aides”, réplique Dino Balestra, directeur de la RSI. Celui-ci rappelle également que l’OSI est le seul orchestre suisse à bénéficier de subventions aussi élevées de la SSR, et il souligne la nécessité pour la Suisse italienne de „s’acheminer vers la convergence des financements entre le public et le privé” à l’enseigne d’un „fédéralisme actif”.

Soutien de l’UBS. Les responsables des deux autres manifestations culturelles sont en revanche moins pessimistes: la perte de leurs subventions n’est en effet pas imminente puisqu’elle n’est prévue qu’avec le second paquet de mesures. Marco Solari, président du Festival de Locarno qui vient de toucher le soutien de l’UBS jusqu’en 2012, se déclare relativement optimiste: „En temps de crise, les sponsors se concentrent sur la qualité artistique et organisationnelle, et dans ce sens, le Festival court moins de risques que d’autres.” La présence de la RSI à Estival Jazz est garantie jusqu’en 2012. „Nous verrons dans 3 ans si la situation est encore aussi difficile”, relève Andreas Wyden, un des organisateurs. „Estival dépend de plusieurs partenaires et ses dimensions relativement réduites consentent une plus grande flexibilité, et donc une adaptation plus rapide aux changements.”

Les sacrifices s’imposent. Si, pour le moment, les mesures préventives de la SSR-SRG permettent d’éviter des coupes dans le personnel „en se limitant” à geler les salaires (et les bonus? se demandent beaucoup de gens), la situation ne peut perdurer sans changements et les sacrifices s’imposent. Par conséquent, ne serait-il pas plus judicieux aujourd’hui d’envisager une reconsidération plus globale du rôle de la Suisse italienne face au reste de la Suisse?

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