Faire des économies ou miser sur le contenu? Les groupes tentent de faire face à la désaffection de leur lectorat et prennent des initiatives, notamment sur le Web. Mais l’Etat joue encore les pompiers de service. Les pays francophones, appelés à la rescousse, pourraient aussi, bientôt, fournir de l’argent frais. Par Frédéric Auzanneau
600 millions d’euros! Des Etats généraux ont amené le gouvernement à consentir une aide de 200 millions d’euros par an à la presse, de 2009 à 2011. Son plan de modernisation et d’investissement vient s’ajouter au milliard que l’Etat lui consacre déjà, chaque année. 10% de son chiffre d’affaires … Cruciales, les recettes publicitaires devraient baisser de manière importante en 2009, tant pour les quotidiens que pour les magazines. Pourtant, aucun regroupement comparable à la situation suisse ne se profile. Le magazine „Studio Ciné Live”, résultat de la récente fusion entre „Studio Magazine” et „Ciné Live”, fait figure d’exception. Il reste même de la place pour de nouveaux lancements. Des féminins haut de gamme, par exemple. Lagardère et Prisma y songent. En amenant Grazia en France au second semestre, Mondadori tente d’élargir son offre magazine. L’Italien veut développer ses parts de marché dans le haut de gamme, qui représente 5% de son chiffre d’affaires.
Monétiser l’audience. Cité par le site www.pressenews.fr, Rémy Pflimlin, le patron des Nouvelles messageries de la presse parisienne, estime que „lorsqu’il y a de l’initiative, on trouve en général un marché. Le grand souci du secteur, c’est son manque de capitaux, donc sa difficulté à investir, à créer sans cesse de nouveaux produits.” Parmi ces derniers, „XXI” (lire: „vingt et un”, n.d.l.r.), marque les esprits. Né en 2008, le trimestriel, entre la presse et l’édition, prend le contrepied des pratiques courantes. „De longs papiers, des enquêtes fouillées”, vante Vincent de Bernardi, le patron du Syndicat de la presse quotidienne régionale. Plus de 40 000 exemplaires écoulés pour le n° 5, c’est un succès. La diversification sur le Web constitue l’axe stratégique majeur des grands pôles français. L’hebdomadaire „Le Monde 2” devrait se doter d’un site. „L’Express”, d’ici six mois, mettra un portail culturel en ligne, réunissant les contenus cinéma, littérature et musique du groupe. Télérama devrait lancer sa web radio, tournant 24 heures sur 24 … Les éditeurs de presse envisagent de privilégier des modèles payants, afin de monétiser l’audience. Y compris par le biais du e-commerce. Lagardère a signé un accord avec Sumitomo, l’un de ses leaders au Japon. Il envisage ainsi de vendre des produits et des services, comme du coaching minceur, autour des marques Psychologies et Doctissimo. Les journalistes doivent aussi s’adapter. Le groupe Les Echos projettent de rapprocher ses rédactions Web et papier. „C’est la direction choisie partout en Europe”, note Bernard Poulet, rédacteur en chef à „L’Expansion”. „Je suis pour à 200%”, revendique Xavier Dordor, directeur général de l’association pour la promotion de la presse magazine. Pour s’en sortir, faudra-t-il aussi miser sur la qualité? „La presse doit changer profondément. Les quotidiens ne peuvent continuer à mener une politique basée sur les économies. Ils ont appauvri leur contenu et réduit la pagination, avant d’augmenter les prix. Le moins, ça ne marche pas”, tonne Bernard Poulet. Ce dernier voudrait voir menées des expérimentations, misant sur „l’originalité, l’expertise et non le moutonnisme”. „Il faut se réinventer. La priorité est celle du contenu à forte valeur ajoutée.” Jean-Marie Charon, spécialiste de la presse, appelle d’ailleurs de ses vœux „un travail de réflexion dans la durée”.Le chercheur est pessimiste: „Les groupes et en particulier la presse quotidienne répondent qu’ils n’en ont pas les moyens. Les grands titres mènent des plans sociaux qui touchent d’abord les journalistes, pas leurs structures!” Il s’interroge : „Fallait-il commencer par cela?” Axel Ganz, ancien patron de Prisma, parie sur des regroupements. „Il y a la place pour deux ou trois quotidiens nationaux, pas plus”, révèle-t-il au „Monde”. „Le papier existera toujours, à des niveaux de diffusion plus bas.” Pour Bernard Poulet, „une réduction de l’offre est très probable, les gratuits par exemple sont trop nombreux. La crise hâtera le mouvement”. La presse magazine ne sera pas épargnée. „Depuis un an, les gens la lisent moins souvent”, constate Xavier Dordor. Un tiers des titres disparaîtra dans les dix ans à venir, selon Axel Ganz. „Les magazines qui n’ont pas de message rédactionnel spécifique vont le plus souffrir”, tranche l’Allemand. Et si la solution passait par l’ouverture du capital des sociétés de presse à des investisseurs non communautaires? Le seuil maximal de 20% de détention du capital dans une entreprise de presse française pourrait être levé. M. Sarkozy a indiqué qu’il préférait des mécènes issus de pays francophones. Des négociations avec la Suisse se poursuivent.
Bibliographie „La fin des journaux et l’avenir de l’information.” Bernard Poulet, Le Débat-Gallimard. 210 pages, EUR 15,90. L’auteur est le rédacteur en chef du mensuel économique „L’Expansion”.
Pour aller plus loin • „Books”, mensuel, www.booksmag.fr • Etats généraux, www.etatsgenerauxdelapresseecrite.fr Son Livre vert contient plus de 90 recommandations: www.culture.gouv.fr/culture/actualites/conferen/albanel/livrevert1.pdf (et 2.pdf) • Fédération nationale de la presse française www.portail-presse.com/PmedBin/ppresse.dll/HOME • Observatoire prospectif des métiers de la presse, Médiafor www.metiers-presse.org et www.mediafor.org Travaux lancés en 2007. • Syndicat de la presse quotidienne régionale: www.spqr.fr • „XXI”, trimestriel: www.leblogde21.com
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