L’année 2009 a débuté par une hécatombe de journalistes. La vague des assassinats et des enlèvements ne connaît pas de répit dans de nombreuses régions du monde. „EDITO” rend hommage à ces professionnels, morts pour la cause de la liberté d’expression. Par Blaise Lempen
Lorsqu’un groupe de journalistes de plusieurs pays, basés à Genève, a lancé la Presse Emblème Campagne (PEC) en 2004, il souhaitait réagir à l’effusion de sang parmi les employés des médias provoquée par l’éclatement du conflit en mars 2003 en Irak. Depuis, en six ans de guerre, au moins 280 de nos confrères y sont morts dans l’exercice de leur métier. La contagion s’est propagée à d’autres régions du monde. Des journalistes ont été tués l’an dernier dans plus de 30 pays, au moins 91 selon le décompte de la PEC qui recense toutes les victimes sur une base mensuelle dans sa „Media ticking clock” lancée à l’occasion de l’inauguration du Conseil des droits de l’homme de l’ONU en juin 2006, sur son site internet: www.pressemblem.ch. S’il y a eu une légère diminution par rapport au record de 2007 – 115 journalistes tués –, l’année 2009 a commencé sur une hausse de plus de 50% par rapport à la même période de l’année précédente, avec 26 victimes au cours des deux premiers mois, soit trois journalistes tués par semaine!
L’Irak toujours. Alors que l’Irak reste le pays le plus dangereux (15 tués en 2008), d’autres pays ont connu une détérioration des conditions de travail des journalistes: Mexique, Pakistan, Russie, Philippines, Inde, RDC, Somalie, Sri Lanka, Népal, Venezuela et les territoires palestiniens occupés. La vague criminelle n’a pas connu de répit au Mexique. Avec huit victimes l’an dernier, le Mexique a été l’an dernier le deuxième pays le plus dangereux pour les journalistes au monde, en raison des activités criminelles de la mafia locale dans plusieurs provinces. Au Pakistan (7 tués l’an dernier), troisième pays le plus dangereux, la situation s’est nettement détériorée dans les zones tribales proches de la frontière afghane, où les talibans et Al-Qaïda affrontent l’armée gouvernementale. Outre les assassinats, de nombreux enlèvements ont eu lieu en 2008, notamment en Afghanistan, en Somalie, en RDC, en Irak, à Gaza, au Pakistan et au Mexique. L’impunité est la règle. Lorsqu’elles ont lieu, les enquêtes sont très difficiles à mener dans les zones de conflit, les procès sont très longs ou ne correspondent pas aux critères d’objectivité. En Russie, plus de deux ans et demi après l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, en raison de sa couverture du conflit en Tchétchénie, le procès n’a rien donné et l’enquête a dû repartir à zéro. Alors que faire? Dénoncer est certainement très utile, les gouvernements n’aiment pas être montrés du doigt et cela contribue à protéger nos confrères. La PEC a souhaité aller plus loin et a fait des propositions destinées à renforcer la protection des journalistes en mission périlleuse. Elle a lancé en novembre 2007 une consultation sur un avant-projet de nouvelle convention internationale. Aucun Etat n’a souhaité jusqu’ici le prendre à son compte, mais plusieurs pays estiment qu’il faut faire davantage pour réagir à cette crise qui touche à un droit fondamental, la liberté d’expression.
Projet de convention. Le projet de convention proposé par la PEC fait plusieurs propositions concrètes novatrices par rapport au droit existant. Il prévoit la création d’une commission d’enquête indépendante en cas de meurtre d’un journaliste, l’instauration d’un comité de suivi de l’application de la convention, des mécanismes de plainte et d’indemnisation des victimes, une aide à la formation. Il propose aussi la création d’un emblème de presse uniforme, internationalement reconnu, facultatif, qui remplacerait les solutions artisanales actuellement imaginées par nos confrères sur le terrain et réduirait la prolifération des emblèmes non reconnus. Les gouvernements sont de très lourdes machines bureaucratiques qu’il est difficile de faire bouger. Les Etats redoutent des obligations supplémentaires. Il faut donc que la profession s’unisse et accentue la pression pour mettre un terme à cette hécatombe. Merci à Impressum qui, depuis 2004, soutient activement la PEC, et à son représentant actuel au sein du comité de la PEC, Alexandre Curchod.
© EDITO 2009
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