Médiatiquement parlant, la Suisse est un drôle de pays. Les gens n’y sont jamais autant adulés que quand ils n’ont pas encore fait leurs preuves. Après l’élection de Didier Burkhalter au Conseil fédéral, en 2009, la radio et les journaux tombèrent en pâmoison devant celui dont ils affirmaient péremptoirement qu’il sauvera le Conseil fédéral. On aimerait bien sûr qu’ils aient raison mais donnons-leur quand même rendez-vous dans quelques années pour juger de la justesse de la prédiction. Avec Roger de Weck, on assiste à un théâtre semblable. Quel média n’a pas tartiné en vantant les mérites du Fribourgeois. Le futur patron de la SSR est davantage que le sauveur d’une entité malade. Parfaitement bilingue, il s’avère le rassembleur dont tout le pays a besoin. Bravo, le conseil d’administration! Enfin un choix intelligent et surtout indépendant.
On ne peut que souhaiter à l’heureux élu de ne pas décevoir cet élan de joyeuse unanimité. Que la réussite et la chance l’accompagnent dans sa rude tâche. Car c’est bien un panier de crabes que Roger de Weck devra gérer lorsqu’il tiendra la baguette du chef d’orchestre. Les apparatchiks n’hésiteront pas à lui déléguer les douze travaux d’Hercule. Parmi ces couleu-vres, la question insoluble d’un nouveau modèle de financement à l’heure où la qualité des programmes subit la loi des séries américaines.
Journaliste dans l’âme, esprit formé à la beauté des cultures et à la grandeur des peuples, Roger de Weck aura-t-il la capacité de diriger un tank? Au „Tagi” dont il fut le rédacteur en chef, l’intéressé n’a pas laissé le souvenir d’un mentor motivé par un altruisme à toute épreuve. Il a plutôt roulé pour lui dans la plus pure tradition de l’intellectuel motivé par son ego. Contre son gré, pour faire avancer le navire, l’homme de plume dut, en plus, s’effacer devant les contraintes du marketing.
A la SSR, ce sera encore une autre paire de manches. Pour dompter ce monstre à plusieurs têtes, le nouveau patron sera bien inspiré de s’entourer de personnes compétentes et surtout dotées de poigne. Histoire d’éviter de porter seul le chapeau en cas de naufrage.
Poulain de l’ancien conseiller fédéral Kurt Furgler, Armin Walpen, l’actuel patron de la SSR, est un fonctionnaire relativement peu connu du grand public. Amateur de bolides, il ne laissera pas le souvenir impérissable d’un redresseur de situations désespérées. Parce qu’il a plus à perdre, le médiatique Roger de Weck est bien courageux pour assumer l’héritage d’un propriétaire de Porsche.
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