Philippe Hersant est enfin parvenu à ses fins. Il a mis la main sur le „Nouvelliste” au terme d’une fine partie de colin-maillard. Après moult démentis, Jacques Lathion, l’actionnaire majoritaire valaisan, a dû reconnaître l’évidence. Le quotidien valaisan appartient désormais à l’éditeur français.
Qu’adviendra-t-il de l’indépendance du „Nouvelliste”? La question est sur toutes les lèvres alors que se met en place une plate-forme rédactionnelle commune entre Neuchâtel et Sion, sous la baguette du rédacteur en chef de „L’Express” et „L’Impartial”. L’inquiétude est aussi de mise après l’annonce de la création d’un comité éditorial dont font partie notamment MM. Hersant, Lathion ainsi qu’un des anciens propriétaires du „Nouvelliste”, le promoteur Jean-Marie Fournier, un homme qui n’a jamais été indifférent au contenu du journal, surtout lorsqu’il s’agit du cahier régional. Sa place au comité éditorial lui permet de ne pas perdre le contact avec la rédaction et peut donc être interprétée comme un susucre destiné à lui faire avaler la couleuvre.
Bizarrement, le comité éditorial, que d’aucuns assimilent à une autorité de tutelle, ne crée des vagues qu’en dehors du Valais. De Genève à Fribourg les puristes citent à juste titre l’article 11 de la Déclaration des devoirs et des droits prévoyant que les journalistes n’acceptent des directives que des „seuls responsables désignés de la rédaction”. Mais à Sion, le calme plat règne. La société des rédacteurs du „Nouvelliste” a été jusqu’à faire part de son soulagement au lendemain de l’annonce de la vente du titre à Hersant. Quant au groupe créé sur Facebook pour soutenir un „Nouvelliste indépendant”, il se mure soudain dans un profond silence.
En réalité tout se passe comme si on attendait de voir le comité éditorial à l’œuvre. Comparaison n’est pas raison mais un modèle analogue existe à Zurich, par exemple, où Tamedia dispose déjà d’une telle instance depuis 2003. Le comité éditorial du premier groupe de presse helvétique compte en son sein les principaux actionnaires et dirigeants du groupe , sa tâche est de „commenter le contenu journalistique et d’orienter la ligne rédactionnelle”. Un rôle qui n’est pas anodin mais qui laisse apparemment de marbre les journalistes de Tamedia. Peut-être parce qu’ils n’ont fait à ce jour aucune relation de cause à effet quand une charrette est venue affaiblir leurs effectifs.
Difficile d’être plus royaliste que le roi. Les journalistes valaisans ont choisi de composer avec le nouveau maître, ce choix leur appartient. L’avenir dira s’ils ont eu raison de hisser le pont-levis sans livrer bataille. L’homme à qui ils ont déroulé un tapis rouge est un vendeur de babioles (lire en page 6) qui ne daigne pas répondre aux courriers qui lui sont adressés. Peut-on lui faire confiance?
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