Les éditeurs de la presse écrite ne sont pas des manches en matière de communication. Pour épicer leur congrès annuel des 17 et 18 septembre, ils publient un magazine haut de gamme, „FlashExtra” dont la conception a été confiée à Kurt Schwerzmann, star zurichoise (qui a aussi prêté main-forte à EDITO, soit dit en passant). Leur revue est intéressante à plus d’un titre. D’abord elle met à jour les tendances dans les médias. Réalisée pour la première fois auprès des membres de Presse Suisse, l’association faîtière des éditeurs, une enquête confirme le mouvement de concentration en cours. 96 % des personnes interrogées estiment que le processus de rapprochement entre les grands éditeurs va se poursuivre. Ensuite, cette publication dévoile les rapports de force dans la branche. Presse Suisse est organisée en plusieurs départements et met sur pied une vingtaine de groupes de travail qui sont présidés par autant de ténors de l’édition de journaux alémaniques. L’évidence saute aux yeux: leurs collègues romands brillent par leur absence dans les positions d’arbitrage.
Avec la reprise d’Edipresse par le Zurichois Tamedia, on peut douter que la situation s’améliore. La perte de poids romande va encore s’accentuer, rendant toujours plus fragiles les accords conclus avec les organisations professionnelles de journalistes. Les médias alémaniques vivent sans convention collective de travail depuis plusieurs années et les éditeurs ne semblent pas pressés de revenir à de meilleurs sentiments. Avec Tamedia aux commandes de la presse lémanique, combien de temps tiendra encore la CCT romande? Combien de temps les éditeurs continueront-t-ils à cofinancer la formation des journalistes?
Le dossier qu’EDITO consacre à cette question parvient à des conclusions mitigées, si tant est que le souci de l’égalité des chances dans l’accès à la profession constitue encore une valeur dans ce pays. Lancée l’an dernier à Neuchâtel, l’Académie du journalisme et des médias symbolise un tournant qui s’inspire d’un concept payant de la formation, à l’image de ce qu’offre le MAZ, outre-Sarine. Bien sûr, officiellement, personne ne parle de sélection par le porte-monnaie mais, dans la pratique, la gratuité vit peut-être ses derniers jours en Suisse romande. Le mastère chèrement acquis répond à la vision d’un professionnalisme galonné, comme si la collection des diplômes garantissait le talent. On le constate avec la grippe A (l’article de Jacques Secretan, pages 20 –21), la société actuelle a plus que jamais besoin de regards indépendants et critiques pour commenter les clairons officiels. Les nouveaux critères de recrutement ne seront vraiment efficaces que s’ils permettent aux enquêteurs chevronnés de demain de trouver leur voie et, surtout, leur place.
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