En Suisse, les journaux d’opinion ont presque tous fini dans les poubelles de l’histoire. Mais la presse d’opinion est-elle morte pour autant? Se pourrait-il même qu’elle soit l’avenir de la presse? Un confrère m’ayant demandé récemment de lui définir le journal d’opinion, je lui ai répondu que ma conception était des plus classiques. Le journal d’opinion ne cache pas son orientation politique, économique, sociale ou religieuse. Mais il n’est avant tout un journal d’opinion que parce qu’on le met en opposition avec la presse dite d’information ou „privilégiant les faits”. Etant admis, à tort ou à raison, que cette deuxième catégorie de journaux s’abstient de tout commentaire pouvant être induit et biaisé par les croyances d’une communauté financière ou idéologique. Donc qu’elle est neutre. Donc qu’elle ne pratique pas le prosélytisme. Donc qu’elle est plus respectable dans une optique développée par les tenants du journalisme „moderne”.
La question est de savoir si ces derniers ont encore raison. Au tournant des années 1960 - 1970, le modèle journalistique était anglo-saxon (il l’est resté dans une forte mesure). On privilégiait alors l’enquête, le reportage. L’Investigation avec un grand I. Le commentaire partisan était louche car synonyme d’endoctrinement. Seule comptait la Vérité avec un grand V. Et cette vérité n’était garantie que par le journalisme d’information.
La presse d’information a connu son heure de gloire mais, depuis, on a bien déchanté. Manipulations, scandales, falsifications, leurres et autres supercheries ne l’ont pas épar-gnée. En plus, on s’est aperçu que la notion de neutralité revendiquée par ce même type de journalisme demeure très relative. On peut faire dire ce que l’on veut à la dépêche d’agence la plus banale, c’est bien connu. Dans tout média, le simple choix d’un sujet n’est pas anodin.
Du coup, on redécouvre le journalisme d’opinion. Plus intimiste, plus près des gens, celui-ci devient même le sauveur de la presse pour beaucoup de spécialistes. Défendre des idées, proclamer sa foi, s’engager en faveur d’une cause, sont autant d’attitudes qui retrouvent du panache auprès du grand public.
La tendance s’inverse totalement. Parce qu’il affiche la couleur sans détours, le journal d’opinion reflète l’honnêteté. En revanche, on se méfie du journal d’information, symbolisé par le gratuit aux nouvelles brèves et (pas toujours) factuelles. Aux mains de groupes éditoriaux souvent cotés en bourse, sujet aux fusions, malmené dans ses structures, le journal d’information ressemble à un fétu promené par des vents contraires.
L’opinion et l’information réunies sous le signe de la bonne foi? On peut y croire. Pour autant que les règles de l’art soient respectées et que le professionnalisme retrouve ses droits, la démocratie pourrait même y trouver son compte.
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