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C’est un événement vraiment exceptionnel que nous ont concocté les organisateurs de la Conférence internationale des journalistes d’investigation. Il convient de saluer l’esprit d’initiative de Jean-Philippe Ceppi et Roland Rossier. Sans eux cette manifestation ne se serait pas tenue à Genève.EDITO s’est associé dès les débuts avec enthousiasme aux travaux de préparation. Pas à pas, nous avons suivi le montage du chapiteau. Ce numéro est d’ailleurs dédié au journalisme d’investigation. Ironie du sort, la plupart des personnages à qui nous offrons l’occasion de s’exprimer ne se sont pas inscrits à cette édition de la Conférence. Mais leur témoignage, sorte d’appel du large, n’en est que plus fort.

Troublants sont les propos de Robert Fisk (page 6). Ce baroudeur britannique, prince du journalisme d’investigation, juge sévèrement la presse anglo-saxonne qui d’habitude donne des leçons de déontologie. Dans la plupart des conflits récents où les troupes américaines et anglaises ont été engagées, les médias n’ont été que le relais complaisant des gouvernements.

Déconcertante est la solitude de Günter Wallraff (page 14). L’enquêteur allemand donne l’impression d’évoluer sans filet, mû par la passion de la découverte et son souci de pénétrer des mondes glauques où règnent la violence et l’arbitraire. Sa méthode rejoint celle des activistes pour qui le résultat prime sur la beauté du geste. Wallraff le dit clairement: il prend parti pour les plus faibles, ceux qui n’ont pas de lobby pour les défendre.
Une attitude qu’un autre journaliste militant, le Vaudois Jacques Secretan, a fait sienne depuis longtemps. Après s’être engagé en faveur des populations d’Amérique latine oppressées par les régimes militaires, il tente aujourd’hui d’arracher au couloir de la mort plusieurs personnes dont une jeune femme (page 20). Ses recherches aux Etats-Unis l’ont amené à déceler des sources potentielles d’erreurs judiciaires.

Indéniablement, parce qu’elle recense les pièges qui nuisent au travail d’enquête, une conférence telle que celle de Genève a toute sa raison d’être. Contribuera-t-elle à modifier un tant soit peu le comportement de ceux qui dirigent les médias? Dans une résolution adoptée lors de la dernière assemblée des délégués d’impressum, les journalistes ont exhorté les rédacteurs en chef à assumer leur responsabilité professionnelle et à représenter les intérêts de la rédaction face aux éditeurs”.
Un programme de constance qui rejoint la cohérence du discours quand c’est le journaliste d’investigation qui crie au secours. Si elle tient au respect de ses troupes, la rédaction en chef se doit de défendre ses limiers coûte que coûte lorsque se déchaînent les éléments. Il ne lui est pas interdit de croire en leur mission, non plus.

© EDITO 2010


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