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Treize postes ont été supprimés à l’ATS qui cherche en même temps à sauvegarder sa tradition d’indépendance et de qualité. La quadrature du cercle?
Par Geneviève Praplan

„Et si la Confédération subventionnait l’agence?”, demandait un éditeur romand lors d’une séance organisée début novembre par les responsables de l’ATS. Car, si les temps sont difficiles pour les rédactions en général, ils le sont aussi pour l’Agence Télégraphique Suisse, ATS, qui vit depuis plusieurs mois à l’enseigne des économies. Cela ne va pas de soi quand on veut „maintenir une qualité et une indépendance qui font partie de la tradition de l’agence”, ainsi que le précisait, lors de cette rencontre, son directeur et rédacteur en chef Bernard Maissen.
Contrairement à ce que croient aujourd’hui encore certains journalistes, l’ATS n’a jamais appartenu à la Confédération. Elle a été fondée à Berne, en 1894, par les principaux journaux suisses de l’époque, qui voulaient rendre la presse helvétique indépendante des agences étrangères. Première agence de presse suisse, parmi les premières en Europe à s’organiser en coopérative, elle a maintenu cette indépendance comme fil conducteur durant toute son existence, offrant sa production notamment à la plupart de ses confrères; quasiment tous les médias suisses y sont abonnés, ainsi que des médias étrangers. Ses seuls actionnaires sont la presse écrite, la radio et la télévision du service public. Aujourd’hui que les fonds manquent, il n’est pas possible de réclamer une aide à la Berne fédérale – qui y est abonnée elle aussi. Bernard Maissen le rappelait, „si c’était le cas, l’ATS deviendrait une agence d’Etat, ce qui n’est pas sa vocation”.
Cette vocation est soutenue par des lignes directrices claires, énoncées sur son site Internet comme un acte de foi, dans lequel le souci d’indépendance est toujours affirmé: „Nous voulons rester l’agence nationale suisse d’information. Nous voulons demeurer la seule agence de presse suisse à offrir aux médias nationaux, dans les trois langues officielles, un service d’informations complet et indépendant, couvrant l’actualité politique, économique, culturelle, sociale ainsi que les faits divers, aussi bien en Suisse qu’à l’étranger.”

De façon impartiale. C’est ce que l’agence appelle son service de base, sa „tâche prioritaire et immuable” qui „constitue sa véritable raison d’être”. S’y ajoutent les services régionaux et les services spécialisés tels que le Tribunal Fédéral, les organisations internationales, ou encore la rubrique scientifique ouverte il y a une année. L’ATS entretien un seul bureau étranger, à Bruxelles. Selon les événements qui marquent l’actualité des autres pays, elle fait appel à des pigistes. Dans chacun de ses services, indépendance (toujours) et impartialité sont des termes essentiels. Un troisième est tout aussi fondamental: vérification. On attend des agenciers qu’ils mettent un point d’honneur à contrôler l’exactitude de l’information qu’ils vont diffuser sur le fil.
Le travail de rédaction constitue un „défi quotidien” selon les journalistes de l’ATS. On leur demande de traiter de façon impartiale des sujets qui intéressent l’ensemble de la Suisse et en reflètent la diversité. Les dépêches, qui s’abstiennent de tout commentaire, doivent être écrites de façon à pouvoir être reprises par des journaux aussi différents que la NZZ, „Le Matin” ou „Il Giornale del Popolo”. Et tout cela, rappelons-le, dûment vérifié. „Quitte à essuyer le reproche d’être trop lents de la part de nos confrères”, admet un agencier.

Trop lents? Ce n’est pas sûr, car l’agence travaille de façon à être la première à „sortir” une information d’actualité. Quand un sujet est important, elle diffuse d’abord un „lead”, selon son jargon, soit deux ou trois phrases qui donnent l’information brute; puis elle envoie sa dépêche et éventuellement, en troisième lieu, un développement.
Si les autres rédactions lui reprochent parfois d’être lente, c’est qu’elles sont très liées au flux de l’ATS. Celle-ci ne leur fournit pas seulement des informations qu’elles pourraient manquer, mais encore un filet de secours apprécié: on revient d’une conférence de presse, la dépêche d’agence est là, qui confirme ou précise le contenu d’un bloc-notes parfois incomplet. Il arrive même qu’on reprenne la dépêche quasiment in extenso, le temps de lui ajouter une petite phrase de son cru et de… signer sans aucun respect pour l’auteur. Comment est acceptée cette désinvolture? „Nous ne sommes pas là pour flatter notre ego, l’ATS est une école d’humilité. C’est aussi pour cela qu’un stage chez nous est considéré comme le plus efficace pour un journaliste débutant.”
D’autant plus efficace, cette formation, que le travail d’agencier est soumis à des pressions constantes. „A l’inverse de ce que beaucoup croient, notre travail n’a rien d’un emploi de fonctionnaire.” Les quelques 176 journalistes qui travaillent à l’ATS (80 pour cent des 220 personnes engagées, selon le rapport annuel 2008 – dont environ 50 pour la rédaction francophone) fournissent environ 200 000 dépêches par années, ce qui équivaut à trois livres de poche par jour, selon un agencier. Et cela sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre: si les journaux bouclent leurs éditions en fin de soirée, la SSR – qui, aux dires de Bernard Maissen, est à la fois „un gros actionnaire et un grand utilisateur de l’agence” – est toujours aux aguets pour ses émissions nocturnes. La direction tient à cette disponibilité de tous les instants. Pour y faire face, les agenciers courent en généralistes d’un sujet à l’autre; certains se plaignent de n’avoir plus le temps de „creuser” l’information.

13 postes supprimés. Et cela ne s’arrange pas avec le resserrement des budgets qui oblige à faire plus avec moins. Les patrons de l’ATS voient 2010 comme „une année de transformation”, au bout de laquelle, ils devraient avoir épargné 2 millions de francs pour compenser une perte de recettes de 4 millions. Ces „transformations” ont déjà commencé. En novembre, treize suppressions de postes – la moitié en Suisse romande – ont été annoncées, dont celui de la rubrique culturelle.
Qui dit perte de postes, dit aussi perte possible de cette qualité à laquelle l’agence affirme tenir. On est également en droit de s’interroger sur son autonomie. Pour elle, tout l’enjeu consiste à fournir des dépêches calquées sur la demande des médias qui les utiliseront. Elle se doit de respecter leurs désirs afin qu’ils continuent de payer un abonnement jugé d’autant plus cher que tous veulent réduire leurs dépenses. Ces médias sont ses clients, mais aussi ses patrons puisqu’ils sont actionnaires de l’agence. Si l’avenir de cette dernière va se discuter „en concertation étroite avec les clients”, comme l’a annoncé Bernard Maissen lors de sa rencontre avec les éditeurs, comment l’ATS va-t-elle pouvoir garder son indépendance?

Geneviève Praplan est journaliste libre.


AP-Suisse, Numéro deux: jusqu’à quand?
Deuxième agence de presse suisse, l’américaine Associated Press (AP) connaît des jours difficiles depuis des mois. L’an dernier, la maison mère, à New York, a décidé de supprimer 10 pour cent de ses effectifs; depuis, 7 à 8 pour cent l’ont été aux Etats-Unis. Les regards se tournent maintenant vers les filiales. A Berne, fin novembre, le bureau suisse que dirige Balz Brupacher vivait dans un climat d’inquiétude; rien n’avait encore filtré des négociations en cours. „AP-Suisse est une filiale de AP-Allemagne à qui appartient la décision finale. Il est possible que nous soyons rachetés par l’Agence allemande DDP (Deutscher Depeschendienst) de Berlin.”
Les agences de presse suisses ont connu une bonne période, en 2002, avec le lancement foisonnant des tabloïds gratuits. Mais „tout le monde savait que cela ne pourrait pas durer”, note Balz Brupacher. Le soufflé est retombé en même temps que la crise économique frappait les journaux. „Comme l’ATS, nous sommes sous la pression de nos clients.”
Pour l’instant, AP-Suisse ne remplace pas les départs naturels. L’an dernier, un poste a été perdu de cette manière en Suisse romande. „Je me bats pour maintenir le bureau suisse, car j’estime que la concurrence est un gage de qualité. Pour cette raison, nous ne nous réjouissons pas lorsque des médias renoncent à leur abonnement à l’ATS à notre profit.”
Actuellement, AP-Suisse emploie 21 journalistes (18 postes à plein temps), dont 6 (4,9 postes) en Suisse romande. (GPr)

© EDITO 2009


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