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L’information religieuse est une réalité relativement récente. Les pièges à éviter.
Par Philippe Golay

Automne 2009, Maison de la Communication, Lausanne. On est à deux pas de la synagogue et de l’église orthodoxe grecque, à trois minutes de l’église écossaise, cinq de l’église catholique St-Rédempteur et autant du temple St-François, soit l’Eglise évangélique réformée. La formation continue (FC) des journalistes ouvre une journée „pour identifier les pièges à éviter dans le traitement journalistique des sujets traitant de problématiques religieuses”. Face aux participants se tiennent, côte à côte, un catholique, Bernard Litzler, et un protestant, Michel Kocher. Deux jours auparavant, lors du culte sur Espace 2, le pasteur a donné lecture d’un poème écrit par un prêtre. Deux faits inimaginables il y a vingt ans.

Bien avant l’an 2000, la FC recueillait certes déjà auprès des journalistes RP des propositions de thèmes de cours et séminaires. Et l’information religieuse figurait parmi elles. Mais il a fallu attendre juin 2006 et une réunion organisée par l’Association suisse des journalistes catholiques pour mettre en exergue, en lien avec les collègues protestants évangéliques d’Alliance Presse, les lacunes de l’information religieuse.
L’objectif en ce 6 octobre est donc d’offrir à de jeunes journalistes l’occasion de mieux appréhender la matière religieuse. Aux exposés ciselés succèdent les travaux pratiques: analyse de dépêches d’agences et d’un article de quotidien vaudois; préparation d’un papier d’après-scrutin – l’inévitable votation fédérale sur les minarets; examen du contenu de quelques sites. Puis deux sujets: le fonctionnement du Conseil œcuménique des Eglises à Genève et l’offre d’information en radio et télévision.

Qui représentent-ils, ces invités au CV fourni? „Seulement moi-même, avec mon expérience professionnelle, mais aussi bien sûr ma culture et ma sensibilité personnelle”, répond Michel Kocher, journaliste de radio et pasteur de l’Eglise réformée de Genève. „Il n’y a ici ni représentant de l’Eglise réformée, ni envoyé de l’Eglise catholique romaine”, souligne pour sa part Bernard Litzler, le nouveau directeur du Centre catholique de radio et télévision (CCRT) et ancien rédacteur en chef du magazine L’Echo. „Notre souci est de partager nos expériences et d’essayer de guider nos collègues dans la manière de bien traiter les sujets religieux.”
Le „religieux”, un domaine sensible aux yeux d’une grande partie de la population. Car celui qui traite les faits et les commente est assimilé d’office par certains à une tendance intégriste ou progressiste. Ne s’attache-t-il pas à endoctriner? Ce journaliste spécialisé est-il en fait un missionnaire?

A cette vision caricaturale, Michel Kocher répond: „Le journaliste spécialisé dans le domaine religieux ne peut jamais sauter à pieds joints sur ses propres racines. Elles sont comme les cordes d’un instrument: plus elles sont nombreuses, correctement accordées, clairement repérées pour leur spécificité, meilleur sera son jeu musical.”
Et d’ajouter: „Si les racines personnelles sont à comparer à un instrument de musique, la partition que le journaliste interprète dépend de l’orchestre dans lequel il est, c’est-à-dire du média. Dans ce sens, il y a effectivement une gradation qui va du média très engagé, confessionnellement bien connoté (évangélique, catho tradi), au média pluraliste et généraliste, en passant par les médias des grandes Eglises (réformé intello, catho progressiste). Au sein du service public, nous nous situons clairement dans la catégorie généraliste.”
Le catholique Bernard Litzler est tout aussi catégorique: „La foi au Christ rejaillit sur tous les secteurs de l’existence. Impossible de se déclarer croyant et de ne pas avoir d’opinion sur divers secteurs de la vie sociale. Mais il ne faut pas mélanger le travail journalistique, qui possède ses règles propres, et le travail de catéchiste ou de propagateur de la foi. Notre activité peut nourrir la foi mais elle n’a pas pour but au premier chef de susciter une adhésion croyante. Le journalisme commande de distinguer l’information du commentaire. Cette règle s’applique également à notre travail. Il est cependant important, comme pour tout journaliste, que nous soyons au clair par rapport à nos présupposés. En l’occurrence, le regard de foi constitue un présupposé anthropologique important avec lequel nous abordons l’ensemble des sujets, religieux ou non, qui constitue la matière journalistique de l’hebdomadaire que j’ai dirigé pendant plusieurs années.”

Les Eglises protestantes se sont dotées d’une charte, Médias-pro, qui veille à garantir l’indépendance rédactionnelle de leurs organes de presse contre toute pression. Au menu, trois préceptes: aider à faire connaître et comprendre le fait religieux dans la société contemporaine et dans ses enracinements historique, défendre une société solidaire, confessionnellement et religieusement plurielle, mettre en évidence les interpellations de l’Evangile à la société et aux Eglises.
Dès lors cette question existentielle: quid de la liberté? Quid de la liberté de pensée, d’action, de parole? „Clairement là, les risques ne sont pas liés à une intervention extérieure, mais à une éventuelle autocensure”, réplique du tac au tac Michel Kocher. Et Bernard Litzler de conclure: „Généralement, les journalistes religieux ne sont pas membres d’une chapelle particulière. Le cas échéant, il est important que leurs lecteurs en soient informés.”

Philippe Golay est journaliste indépendant.

© EDITO 2009


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