Les séismes médiatiques valent-ils encore d’être commentés dans les journaux? La question peut se poser après la bonne centaine d’emplois supprimés chez Edipresse, un record dans cette partie du pays. En effet, très peu de médias ont analysé la situation de manière approfondie. Et pour cause: la quasi-totalité des quotidiens lémaniques appartiennent au monopole concerné.
Cette discrétion n’est pas anodine car elle s’inscrit dans le contexte du passage en mains zurichoises du fleuron de l’édition romande. Au cours du dernier quart de siècle, Edipresse a joué sur du velours, tirant parti des problèmes structurels de ses concurrents. Sa situation de monopole n’a pas empêché le groupe vaudois d’étoffer son panier de titres par des rachats de quotidiens régionaux, obtenant toujours très généreusement le feu vert de la Commission de la concurrence. Aujourd’hui, le rachat d’Edipresse par Tamedia symbolise la fin d’une certaine identité romande.
Alors que tout paraissait rouler si bien, on peut s’interroger aussi sur les motifs qui ont poussé la famille Lamunière à céder son empire. D’aucuns mettent en cause les pertes subies à l’étranger, d’autres avancent la lassitude du propriétaire. Président du conseil d’administration, Pierre Lamunière, 60 ans, passe dorénavant le plus clair de son temps dans le sud de l’Espagne.
Père de la Constitution genevoise de 1846, James Fazy doit se retourner dans sa tombe. Ce pourfendeur de l’ordre établi, qui contribua à projeter Genève dans la modernité, dirigea également le „Journal de Genève” à l’époque où ce dernier commençait à s’affirmer en tant que „quotidien d’audience internationale”. 150 ans plus tard, le „Journal de Genève” mourait, tué par ses actionnaires, des banquiers. Il suivait de peu dans la tombe un autre journal genevois, „La Suisse”, victime, lui, de la mégalomanie d’un éditeur. Dans le cœur des Genevois, les deux titres n’ont jamais été vraiment remplacés. S’il revenait sur terre, que dirait Fazy du gâchis provoqué par les enfants gâtés de la république du bout du lac?
Il est loin, le temps où les éditoriaux d’un René Payot, d’un Pierre Béguin portaient haut le renom des cités lémaniques en Suisse et à l’étranger. Aujourd’hui, la mentalité d’un quarteron d’avocats surpayés et de gens du marketing impose son diktat aux rédactions en chef qui multiplient les courbettes devant les annonceurs au mépris de la qualité de l’information.
Le déclin de Genève est visible à l’œil nu depuis une dizaine d’années et cette perte d’influence se fait dans l’indifférence quasi-générale des médias romands. On aimerait bien que l’arrivée d’un groupe zurichois change les choses, mais pour l’heure on ne voit pas comment.
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