Fast-food A gauche comme à droite, les suppressions de postes au sein du groupe Edipresse ainsi que les licenciements qui en découlent ne sont pas passés inaperçus sous la Coupole fédérale. Toutefois, les propositions pour sortir de la crise ne semblent pas se dessiner au parlement.
Ada Marra (PS) Je soutiens les employés d’Edipresse. Leur groupe n’est pas dans les chiffres rouges. Licencier du personnel dans ces conditions est scandaleux. L’avenir des médias me préoccupe. On peut soit opter pour un système capitaliste qui finance la presse principalement grâce à la publicité, soit pencher pour un modèle où l’Etat investit plus qu’il ne le fait actuellement. Au vu des baisses de recettes publicitaires, je choisirais plutôt la seconde option en insistant sur les garde-fous qui doivent exister afin de permettre une expression libre et variée sans se retrouver avec une presse d’Etat. Je ne sais pas trop si c’est une aide directe ou indirecte qu’il faut développer. Mais je crois que ce sont les médias qui doivent nous indiquer le chemin de leur survie.
Chiara Simoneschi-Cortesi (PDC) De manière générale, je suis d’abord la presse tessinoise. Ce qui m’inquiète principalement, c’est la concentration des groupes de presse comme Edipresse et Tamedia. Si ce trend continue on pourrait se retrouver dans une situation de monopole qui est à mon avis incompatible avec la libre expression. Même si j’ai de bons contacts avec les journalistes, je constate une certaine évolution de la presse dans une direction que je n’aime pas. Je déplore d’abord cette tendance à la „peopolisation” des acteurs politiques. De plus, les médias accentuent la polarisation politique à laquelle on doit faire face. Je ne peux pas imaginer une importante aide directe de l’Etat en faveur de la presse. Cela ne fait pas partie de notre tradition libérale. En tant que politiques, nous devons toutefois soutenir les médias dans leur mutation en permettant une aide indirecte par exemple.
Christian Luscher (Lib) Le monde de l’information est en train de changer. Les médias doivent s’adapter et j’estime qu’ils le font bien. Même si c’est dur humainement, la réalité n’échappe pas aux faits: les médias doivent se restructurer pour survivre. Je pense que ces dix dernières années ont vu le développement d’une approche journalistique plus centrée sur la personne que sur les idées. Toutefois, j’estime que mes positions sont bien reprises par les différents médias. Même si j’ai parfois eu à souffrir de certains titres régionaux lors de ma candidature au Conseil fédéral, j’estime que cela était de bonne guerre. En tant que politicien, nous avons le devoir de veiller à la liberté d’expression. Mais nous possédons des moyens pour nous en assurer, notamment à travers la Constitution.
Yvan Perrin (UDC) J’ai pris connaissance des problèmes que traverse Edipresse grâce à la radio et à la télévision. Je n’ai pas été étonné de ces mesures. Cela fait un certain temps que l’on pouvait observer des signes avant-coureurs comme la baisse des offres publicitaires, principales sources de revenu pour les médias. Je considère en fait que la crise que traverse la presse illustre assez bien la crise économique en général. En tant que politicien, il nous faut rétablir les conditions cadre afin de faire redécoller l’économie en général et la presse suivra. Je ne me fais pas trop de souci pour l’avenir. Presse et média forment un vieux couple, même si les politiciens ont un peu plus besoin des journalistes que le contraire.
Antonio Hodgers (Vert) J’ai suivi avec attention les récents événements qui ont secoué Edipresse et je note l’importante frustration des journalistes à l’égard de leur métier. Un sentiment d’impuissance en découle. La crise que traverse le groupe s’inscrit dans un contexte plus général qui voit cette activité se modifier complètement avec l’arrivée d’Internet. Personnellement, je ne me plains pas de la manière dont les médias traitent de ma personne et de mes idées. Je note cependant que la relation entre les politiciens et la presse a évolué ces derniers temps. Aujourd’hui, cela ne sert plus à rien d’organiser des conférences de presse. Ce qui marche en revanche, c’est l’information exclusive. Peu importe si elle est intéressante ou non du moment que les autres titres ne l’ont pas. La presse a une tendance un peu fast-food. Elle se standardise et on trouve de moins en moins d’analyses fouillées ou d’enquêtes, le temps et l’argent faisant défaut.
Edi... quoi? EDITO a passé une journée sur les quais de la gare de Lausanne afin de demander aux pendulaires leur appréciation des événements qui ont secoué Edipresse et d’interroger leur pratique concernant la lecture de la presse en général. Résultat contrasté.
Merlin Chabloz, cuisinier Je connais le groupe Edipresse de nom. Je sais qu’ils ont commencé à licencier des personnes. Ça m’attriste. C’est notre système qui est pourri. On veut juste faire du pognon à court terme et on ne mesure pas les dégâts que ça fait. Je ne sais pas trop ce qu’on peut imaginer comme solution pour que les journaux sortent de la crise mais je peux vous dire que personnellement je suis d’accord de payer mon journal un peu plus cher si ça peut sauver des postes. Pour m’informer, j’utilise surtout les sites Internet des journaux, les gratuits et le „Matin Dimanche”.
Andrée Vonnez, employée de banque à la retraite Cela fait longtemps que je lis „24 heures”, „le Matin”, et „20 minutes” qui appartiennent au groupe Edipresse mais aussi „L’Hebdo” et „L’Illustré”. Les journaux ont changé avec le temps mais je suis souple, je m’adapte. J’ai appris ce qui se passait à Edipresse et cela m’inquiète un peu. C’est problématique pour la Romandie. Edipresse était une firme importante de notre région. Maintenant qu’elle a été rachetée par des Suisses allemands, j’ai peur qu’on soit moins bien considéré. Je ne crois pas pour autant qu’il faille que les pouvoirs publics s’immiscent dans le financement des médias. Ils doivent rester autonomes et indépendants.
Eva Gamenthaler, étudiante en sciences politiques Ediquoi? Non jamais entendu parler. Je suis Suisse allemande alors je suis surtout la presse germanophone. Je lis „20 minutes” pour passer le temps et la NZZ en papier et sur le web pour m’informer. J’ai récemment remarqué que „le Matin Bleu” avait disparu: je pense que c’est à cause de la crise que traversent les médias. Internet a fait évoluer la presse, ils ne peuvent pas échapper aux changements. Je ne crois pas qu’une intervention de l’Etat puisse changer quoi que ce soit. Il faut surtout réfléchir à de nouvelles formules. Lesquelles? Je ne sais pas, je ne suis pas journaliste.
Laurent Geslin, photographe animalier J’ai déjà entendu parler d’Edipresse mais je ne suis pas au courant des derniers événements. Je suis français et m’intéresse surtout à la presse de mon pays. Je lis „le Canard enchainé” et je consulte de plus en plus la presse en ligne. J’écoute également „Al-Jazeera”. De manière générale, je déplore une presse qui devient de plus en plus people. Il est difficile de dire quelle recette miracle pourrait sauver les médias. L’intervention de l’Etat peut poser problème. On le voit bien en France et en Italie. Toutefois il faudra bien imaginer quelque chose pour préserver la liberté d’information.
Pierre Genier,libraire Edipresse, oui je connais. Je sais ce qui s’y passe autant que le public puisse en être informé. Edipresse a vendu ses titres suisses au groupe Tamedia qui possède notamment le „Tages-Anzeiger” et quelques autres. A partir de là s’ensuivent les habituelles cohortes de licenciements pour rendre le panier garni plus attrayant au futur acheteur. Tous les métiers regroupés autour de la chaîne de fabrication des journaux sont touchés. Le personnel ne semble pas du tout satisfait du résultat des négociations avec leur direction. De mon point de vue, on ne peut pas dégarnir les effectifs sur une chaîne de production comme celle-ci sans que cela ait des conséquences sur le contenu. Le déglingage de l’information a commencé depuis quelques années. Les licenciements à Edipresse sont graves, dangereux et désolants mais ils n’ont malheureusement rien de surprenant.
Propos recueillis par Guillaume Henchoz.
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