Le correcteur Kari Schnellmann (60 ans), employé au „Tages-Anzeiger”, fait partie des plus de 80 personnes licenciées récemment par Tamedia. Par Suleika Baumgartner
Kari Schnellmann prend le S-Bahn qui quitte la gare de Jona à 14 h 45 pour rejoindre son équipe du soir jusqu’à 23 h. Ce rythme de travail l’empêche de faire partie d’une association, mais il a aussi ses avantages: „Si je voulais, je pourrais exercer mon instrument, la clarinette, tous les matins.” L’équipe de jour au service de correction du „Tages-Anzeiger” est quant à elle mobilisée de 10 h à 17 h. Cet employé âgé de 60 ans sait depuis le 27 mai 2009 qu’il est l’un des plus de 80 salariés de Tamedia touchés par les licenciements en masse. Lorsqu’il effectuera son dernier jour de travail, fin novembre, il aura travaillé 30 ans au „Tagi”, avec quelques interruptions. Kari Schnellmann y a commencé son apprentissage en 1966 en tant que typographe „avec les caractères en plomb, bien entendu”. Six ans plus tard, sa vie prend un autre tournant: il se marie et déménage à Jona près de Rapperswil. „La rédaction du magazine féminin ‚Meyer’s Modeblatt’ se trouvait de l’autre côté de la rue.” Schnellmann est très vite engagé comme auxiliaire, plus tard au service de correction. Mais lorsqu’il veut faire le diplôme de correcteur, son chef ne veut pas en entendre parler. C’est ainsi qu’il retourne au „Tagi” en 1985. A côté de son travail, il a été quelque temps actif au PS de Jona, puis s’est occupé de différents enfants en tant que tuteur.
Travailler sous pression. „Ce qui me plaît dans mon travail, c’est le rapport à l’actualité dans le monde”, déclare ce correcteur: „J’apprécie une certaine pression.” Il fait tout son possible, mais „nous n’avons tout simplement pas le temps de méditer sur chaque virgule”. Nous n’exigeons pas des rédacteurs qu’ils nous livrent des textes sans fautes, déclare-t-il, car „nous, les correcteurs, nous vivons des fautes des autres”. C’est un peu frustrant que le feedback ne concerne que les rares fautes qui nous échappent, „ce qui nous vaut parfois des coups de fil désagréables”. Mais il y a des fautes amusantes: „Il est par exemple arrivé qu’un ‚Schauspieler’ (acteur) soit transformé en ‚Sauspieler’ (cochon de joueur).” A la question de savoir ce qui a le plus changé au cours de ces 25 dernières années dans le domaine de la relecture, Schnellmann est formel: „L’évolution de la technologie.” Voilà pourquoi il a choisi une souris d’ordinateur pour illustrer ce portrait. Avec le premier train d’économies au „Tagi” en 2003, un changement de culture s’est opéré, selon lui. C’est à l’époque qu’ont été licenciés les premiers salariés plus âgés. Et la fonction de responsable d’équipe qu’il assumait depuis plus de dix ans a été supprimée. Il secoue la tête: „Je ne comprends pas comment on peut être stupide au point de renoncer au savoir-faire de salariés de longue date.” Cependant, la solidarité qui s’est tissée entre elles et eux ces dernières semaines est réjouissante.
Week-end à la montagne. Quand il rentre tard le soir à la maison, Schnellmann n’en a pas encore assez de lire et en profite pour se consacrer à la littérature anglaise. Son hobby préféré? La photo. „Chaque week-end, je passe une journée à la montagne.” Il écrit sur chacune de ses randonnées qu’il illustre avec une centaine de photos. Il fait circuler l’album ainsi réalisé parmi ses connaissances. Père de deux grands enfants, il avoue avoir encore un rêve à concrétiser: „Faire un voyage de quelques semaines à travers les Alpes, en direction de l’Est, avec mon appareil photo.” Pour sa retraite anticipée, il a calculé qu’il aurait droit à un revenu annuel de 40 000 francs. Maintenant, il espère un meilleur revenu après le plan social négocié le 6 juillet car, dit-il „j’aimerais atteindre dignement mes 65 ans”.
Suleika Baumgartner est journaliste. Texte paru dans „m”, le journal de comedia, le syndicat suisse des médias, no. 7–8, juillet–août 2009. |