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Quand obtenir des informations ressemble à un chemin de croix.
Par Aline Andrey

Visite guidée. Début septembre une visite guidée a été organisée dans le nouveau centre d’hébergement pour requérants d’asile de l’aéroport de Genève. Une vingtaine de journalistes et de photographes ont répondu présent à l’invitation de l’Office fédéral des migrations (ODM). Une visite des locaux à la queue leu leu, de la salle d’accueil à la petite terrasse grillagée sur le toit. Là, un ballon comme une bouteille à la mer, sur lequel on peut lire: „Comme un oiseau sans ailes, je regarde ces si belles caravelles piquer droit dans le ciel… Je suis refoulé injustement. Alors que je suis en conformité avec la loi (…)” Un message signé Rachid. Quelques mots d’un requérant. Les seuls de la visite. En introduction, Marie Avet, du service de l’information de l’ODM, a interdit aux journalistes de parler aux requérants d’asile par respect pour leur sphère privée. En conclusion, elle explique: „Ce n’est pas prévu qu’on organise prochainement d’autres visites, ni collectives, ni individuelles.”
Cette mesure est liée notamment aux contraintes de la zone internationale de l’aéroport dans laquelle sont logés les requérants. „Cela nécessite beaucoup d’organisation. Même pour les collaborateurs de l’ODM, c’est plus compliqué de venir travailler car ils doivent passer les contrôles de sécurité comme tous les passagers et visiteurs de l’aéroport. Et puis on a eu des plaintes de requérants qui avaient l’impression d’être des objets”, renchérit Rolf Götschmann, chef du service de la procédure d’asile à l’aéroport.
Présent lui aussi, Pierre-Alain Lunardi, directeur d’ORS Service AG (entreprise qui gère les centres d’hébergement fédéraux), relève qu’à Vallorbe, les visites restent possibles… Marie Avet précise: „Aux termes de l’article 2 de l’ordonnance du DFJP du 24 novembre 2007 relative à l’exploitation des logements de la Confédération dans le domaine de l’asile (RS 142.311.23), les logements de la Confédération sont exclusivement réservés aux requérants d’asile et aux personnes à protéger et ne sont, en principe, pas ouverts au public. Cependant, l’ODM autorise avec réserve, au cas par cas, les visites des médias si le travail dans les centres ne s’en trouve pas perturbé.”

L’ODM n’a „pas de chiffres exacts” quant aux nombres de demandes et de refus faites aux journalistes. Reste que les démarches pour obtenir l’autorisation d’entrer dans un centre d’enregistrement et de procédure (CEP) relèvent du bras de fer. Plusieurs collègues ont ainsi été refusés à l’aéroport de Genève malgré leur insistance. Et pour entrer dans le CEP de Vallorbe, la patience et la ténacité sont les maîtres mots. Exemple avec nos demandes de visite en décembre 2008 lorsque les centres étaient saturés par les arrivées. Suite à notre premier courrier, Jonas Montani, chef de l’information à l’ODM, nous répond par téléphone une dizaine de jours plus tard. Son refus pour Cointrin se base sur les travaux en cours du nouvel hébergement, la surcharge des collaborateurs et le dérangement occasionné aux requérants. A ce moment-là, une visite organisée est prévue pour avril (qui aura lieu en septembre). Quant à Vallorbe, Montani explique: „En ce moment, on ne laisse plus faire de reportage aux journalistes. Les CEP ont été très généreux dans l’ouverture de leurs portes, on souhaite que ce soit plus calme, surtout qu’en ce moment c’est surchargé.”

Qu’en est-il du droit à l’information si les portes ne s’ouvrent que dans des périodes de relative tranquillité: Nous réécrivons donc une lettre demandant une réponse écrite. Elle sera négative, encore une fois, sur la base des mêmes arguments. Cette fois, c’est l’avocat d’Impressum Alexandre Curchod qui rétorque par recommandé: „Le droit à l’information suppose que l’Etat ouvre ses portes aux journalistes. Si le Tribunal fédéral n’a jamais admis un droit général à l’information, il reconnaît l’existence d’un droit limité notamment lorsqu’une source d’information a été déclarée librement accessible et lorsque l’autorité a décidé de livrer des informations. Une surcharge n’est certainement pas un motif pertinent.”
Pour obtenir une réponse de l’ODM, plusieurs appels téléphoniques et un fax seront encore nécessaires. Enfin, une visite nous est autorisée à Vallorbe, à fin janvier. Le lieu a alors retrouvé son calme: environ 180 personnes y sont logées contre 400 quelques semaines plus tôt. Les requérants sont ouverts à la discussion, voire, pour certains, très intéressés de pouvoir échanger sur leurs conditions de vie. Le centre d’hébergement à Cointrin, par contre, nous est resté fermé jusqu’à la visite guidée du 3 septembre dernier.

Aline Andrey est journaliste indépendante.


Quel droit à l’information:Si le sésame pour les centres de l’ODM doit se mériter – précisons que les centres d’hébergements cantonaux sont beaucoup plus ouverts aux médias — d’autres lieux semi-publics comme les prisons ou les hôpitaux sont également soumis à autorisation. Pour la juriste d’Impressum Dominique Diserens, le droit à l’information reste toutefois prépondérant: „A notre sens, on pourrait soutenir qu’une interdiction totale d’accès à un hôpital ou à une prison ou à un centre de l’ODM n’est pas conforme au principe de proportionnalité selon l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). Cela n’implique toutefois pas que l’accès peut être généralisé. Il peut y avoir des restrictions pour le déroulement de l’activité de l’Etat (horaire des repas et des soins dans un hôpital par exemple). Dans tous les cas de figure, il faut aussi tenir compte de l’intérêt privé des particuliers (patients, prisonniers, réfugiés) à leur sphère privée. Reste que l’interdiction d’accès doit correspondre à un intérêt public.”

© EDITO 2009


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