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Internet nous défie

Des deux principaux défis que doit affronter la presse, la chute des revenus publicitaires et la concurrence d’internet, c’est le deuxième qui me paraît le plus déterminant. Il n’éprouve pas seulement notre métier d’un point de vue économique, il nous contraint à redéfinir notre métier. Car il faut qu’il vaille la peine d’acheter dans un journal ce qu’on ne trouve pas gratuitement sur la toile. Or que n’y trouve-t-on pas aujourd’hui: Avec un peu de patience, on y trouve presque tout. Et on n’a pas l’impression qu’il y manque quelque chose d’essentiel. Ce qu’on n’y trouve pas, cette interview originale, ce reportage ou cette analyse formidable, a priori on s’en passe. Les journaux ou les sites qui veulent nous faire payer leur contenu rédactionnel ont bien du mal à nous convaincre, nous, consommateurs de médias, qu’on ne peut pas se passer de leur offre payante.
Le défi n’est pas seulement économique, disais-je: c’est aussi, par exemple, un défi mémoriel, bien analysé par le directeur de l’INA, Emmanuel Hoog. Tout reste et personne n’a l’autorité de trier. Alors peut-on écrire de la même façon quand tout peut ressurgir à tout moment, pas seulement sur des coupures de presse jaunies au fond des bibliothèques: Le Conseil de la presse, dans un avis récent, important, à contre-courant, soulignait la nécessité de protéger le droit de chacun à l’oubli.
C’est encore un défi à certaines de nos convictions, aussi justes soient-elles. Comme la séparation entre le fait et le commentaire. Si vous parcourez des sites comme Slate, Causeur, Agoravox, vous y trouvez des articles riches, stimulants, et d’un genre indistinct. Ils sont subjectifs, orientés. Et ils sont indifféremment signés par des journalistes professionnels ou des „journalistes citoyens” – une formule ambiguë qui fera sans doute long feu. Dans un monde hypercommuniquant, où 50 millions de photos sont échangées par heure, où des milliards de vidéos circulent, devons-nous tenir à nos catégories, privilégier notre rôle de sélecteurs et de transmetteurs d’informations factuelles, ou devrions-nous évoluer vers un rôle plus narrateur, parce qu’un public étourdi par la surinformation en a besoin, et nous demandera plutôt un regard personnel: Où sera la plus-value de notre métier: Ce débat-là, me semble-t-il, reste à faire.

Alain Maillard
www.medialogues.rsr.ch
www.mediablogues.rsr.ch

© EDITO 2009


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