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„Je me bats pour tout le monde, c’est une posture morale”
Ludovic Rocchi fait partie des journalistes qui se battent pour une négociation unitaire de tous les métiers touchés par les économies voulues par le groupe Edipresse.
Propos recueillis par Christian Campiche

EDITO: Parlez-nous des difficultés que vous avez rencontrées.
Ludovic Rocchi:
Dès le début mes collègues du „Matin” m’ont donné le mandat de défendre la solidarité entre tout le personnel touché. Je me bats avec eux et ce n’est pas facile, car les représentants des rédactions n’ont pas tous la même approche de cette notion de solidarité. Impressum est d’ailleurs bien placé pour savoir que la cohabitation de plusieurs conventions collectives et de plusieurs syndicats dans la branche est difficile à manier. Face à la brutalité de la crise que nous affrontons à Edipresse, il est évident que les obstacles à l’unité rejaillissent en grandeur nature.

Pourtant, depuis l’annonce du rachat d’Edipresse par Tamedia, le personnel devait s’attendre à des mesures drastiques...
On croyait être préparés, mais on ne l’était pas, en effet. Pourtant nous savions par des signaux que nous allions au-devant d’une crise. Les pages des journaux n’ont jamais eu aussi peu de publicité. D’autre part, nous entendions parler d’un audit au sein de la maison. Au vu des mesures d’économies déjà prises par la direction, notre point de vue aurait dû être de refuser tout licenciement supplémentaire. Mais aujourd’hui le nouveau plan d’économie arrive et nous n’avons pas de réponse. Nous sommes coincés. C’est d’autant plus regrettable que le climat d’incertitude dans lequel baignent les rédactions commence à désinhiber les gens. Avant, on avait un peu tendance à serrer les dents en attendant que l’orage passe, puis à reprendre sa place au soleil. Cette fois, on sent un vrai potentiel de mobilisation. Les gens ne se contentent plus de promesses. Ils estiment que l’effort de guerre a été fait. Un plan d’économie encore plus drastique ne se justifie plus, à leurs yeux. On sent chez eux un raz-le-bol, un désarroi réels. Ce phénomène est nouveau.

Le 12 octobre, les Genevois ont débarqué en force à Lausanne. Leur culture de lutte est-elle plus agressive?
On dit volontiers du Genevois qu’il est grande gueule, plus „à gauche” et proche des syndicats. En revanche, dans l’imagerie, le Vaudois a la main sur le pli du pantalon. Mais il ne faut pas être trop caricatural. Pour avoir présidé la société des rédacteurs du „Nouveau Quotidien” lors de la fusion avec le „Journal de Genève”, je suis bien placé pour le dire. Le problème est plutôt dans la différence de tactique syndicale dans le cas d’une entreprise de presse où s’exercent différents corps de métier. La solidarité prend tout son sens quand on sait que la moitié des employés n’est pas au bénéfice d’une convention collective, comme chez Edipresse. On se bat pour tout le monde. C’est une posture morale autant que sociale, surtout quand on est journaliste, rôle forcément privilégié au regard des métiers de l’ombre et moins bien payés.

Comment passe ce message ?
J’admets que cette position que je défends n’est pas toujours comprise au sein de nos propres troupes. On privilégie la recherche du compromis à tout prix ainsi qu’une logique de négociation qui lie les mains. On voit réemerger de vieilles rancoeurs à l’égard des „rouges” de Comedia ou, inversément, des „jaunes” d’impressum. C’est triste.

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