Par Christian Campiche
Qui, dans la foule des journalistes venus assister aux obsèques quasiment nationales de Roger de Diesbach, ne s’est pas interrogé sur l’avant et l’après? L’avant, c’est cette foi formidable dans les vertus les plus nobles du métier, celles que l’ancien rédacteur en chef de „La Liberté” retient dans son dernier ouvrage (notre extrait en page 24), une vocation qu’il avait su rendre contagieuse. L’avant, c’est aussi cette chaleur qui émanait d’un personnage prompt à voler au secours de ses pairs, mettant son aura et son réseau de relations au service de la bonne cause. Sans compter son attachement pour les choses du terroir, le plaisir qu’il éprouvait en la compagnie des personnages bourrus et pittoresques de sa bonne ville de Fribourg. Ces derniers le lui rendaient bien, d’ailleurs, qui l’appelaient par son prénom et vinrent lui rendre un dernier salut à la cathédrale.
L’après, ce pourrait être le vide que promeuvent certains commentaires post-mortem dont le message, en substance, est le suivant: „Eh bien voilà, le champion de l’excellence est parti, désormais la presse ne sera plus jamais la même, retournons à notre petite cuisine. Lâcheté et médiocrité au menu, en somme! A ceux-là, nous répondons: non!
Non, parce que le service après-vente des communicateurs du pouvoir, qu’il soit politique ou économique, n’est pas notre tasse de thé. A trop baigner dans les compromis, les médias finissent par se discréditer, tendant la perche à ceux qui les veulent à leur botte. A propos de botte, justement, les journalistes italiens sont bien placés pour le savoir. Dépréciés, humiliés par une partie de la classe politique, ils peinent à joindre les deux bouts. Terrible, cette enquête parue dans le magazine romain „Left” qui affiche la paie de certains journalistes libres: 7,5 euros la pige... Osons le terme: le génocide d’une profession est en cours.
Ce plan de démantèlement des médias est d’autant plus insidieux qu’il s’abrite derrière des prétextes faciles: la crise économique et la concurrence d’Internet. Attention, le risque n’épargne pas la Suisse comme le montre la situation au Tessin (notre article en page 17). En Suisse romande, où les licenciements succèdent aux licenciements, c’est l’échéance de Noël qui fait peur: les éditeurs romands en profiteront-ils pour dénoncer la convention collective au-delà de 2010?
Quoi qu’il arrive, le grand désert qui nous menace ne justifie aucune résignation car les modèles d’un journalisme viable et crédible existent, comme le prouvent certains magazines qui nagent à contre-courant. Il suffit de vouloir les appliquer.
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