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Selon Jean-Bernard Münch, président du conseil d’administration de la SSR SRG idée suisse, la SSR devra repenser son offre. La défense du service public a fait pencher la balance lors de l’élection de Roger de Weck.
Propos recueillis par Philipp Cueni.

EDITO: On s’attendait à voir un gestionnaire prendre les commandes de la SSR et c’est une personnalité du monde de la presse qui est élue, un communicateur dont la réputation dépasse nos frontières.
Jean-Bernard Münch:
Lorsque nous avons défini le profil du poste, nous étions conscients du fait qu’il serait difficile de trouver une personne réunissant les qualités d’un dirigeant, ainsi que tous les autres critères. Les candidats devaient notamment attester d’une expérience de direction accomplie dans une grande entreprise, tandis que la connaissance des médias était un souhait mais non une condition. Puis il s’est avéré que Roger de Weck était très qualifié dans tous les autres domaines et défendait le service public et les équilibres nationaux de manière convaincante. S’il n’a pas dirigé de grande entreprise, il dispose néanmoins d’une expérience dans ce domaine et pourra du reste s’appuyer sur une équipe de direction.

Candidat recalé, Hanspeter Rohner vous a reproché d’avoir modifié le profil en cours de procédure.
Le profil n’a pas été modifié, mais les critères ont été pondérés différemment lors de la décision finale. Le conseil d’administration était en droit de le faire: il a même le devoir d’élire le meilleur candidat en tenant compte de tous les éléments. Ce faisant, les chances des autres candidats n’ont pas été compromises. D’aucuns ont aussi insinué que le conseiller fédéral Leuenberger avait influencé cette élection. Mais l’indépendance du service public est un principe qui me tient trop à cœur pour que je consulte l’autorité politique dans un domaine qui n’est pas de sa compétence.

Le conseil d’administration ne s’est donc pas entretenu avec lui?
Le profil du poste lui a été soumis pour approbation avant la mise au concours, mais il n’a pas été impliqué dans le choix des personnes.

De nombreuses candidatures ont été examinées en détails par un comité d’élection. Au terme d’une longue procédure, il a présenté deux candidats au conseil d’administration, qui devait se déterminer rapidement.
En dépit des critiques, je maintiens que cette procédure de sélection a été un modèle de professionnalisme, concernant les recherches, les interviews, l’élaboration de Business-Cases, etc. Il a toujours été prévu de présenter deux candidats au conseil d’administration, qui connaissait leur nom et a eu les documents à sa disposition douze jours avant l’élection.

On a également critiqué le fait que la procédure n’ait pas été publique.
Voilà bien un reproche dérisoire. Je ne connais aucune entreprise qui publie le nom des candidats au poste de direction. Du reste, les candidats ne l’accepteraient pas non plus. Il ne s’agit tout de même pas d’une votation populaire!

Visez-vous une meilleure crédibilité à travers l’élection de Roger de Weck? L’image générale de la SSR est ébréchée, même si ses programmes sont appréciés du public.
Le public se montre en général très satisfait et nos parts de marché sont élevées. L’offre n’est pas en cause mais l’aspect politique de la SSR, dont les journaux donnent une mauvaise image.

... partagée par une partie du public.
Ces attaques permanentes finissent naturellement par laisser des traces et une partie des gens pense effectivement que nous jetons l’argent par les fenêtres. Le nouveau directeur général aura notamment pour tâche de remédier à ce déficit d’image.

La grille des programmes est aussi en cause, car certains reprochent à la SSR de dévier de sa mission de service public en diffusant des programmes de divertissement racoleurs et médiocres.
Là encore, c’est moins l’avis du public qui s’exprime que celui des faiseurs d’opinion. Ces programmes ont du succès, mais il est vrai qu’ils nous rapprochent trop des chaînes commerciales. C’est également l’avis du conseil du public. Nous nous efforçons de changer cette situation petit à petit.

Les finances sont un autre chantier majeur. Le Conseil fédéral statuera cet été sur les finances de la SSR et, en fonction de sa décision, la première tâche du nouveau directeur général consistera peut-être
à trouver 50 millions d’économies.
La SSR va devoir repenser son offre dans tous les cas. Car même si le Conseil fédéral décide de se montrer magnanime, nous devons trouver un équilibre entre recettes et dépenses. Nous ne pourrons donc pas éviter les mesures d’économie, ni la réflexion sur l’utilisation des ressources.

Les candidats ont dû vous donner des gages en ce sens?
Nous leur avons en effet demandé d’élaborer des scénarios.

Et quelle a été la proposition du candidat de Weck?
Sans entrer dans les détails, elle a été suffisamment pertinente pour nous convaincre que le candidat était à la hauteur de l’exercice.

Pourquoi l’offre doit-elle être repensée dans tous les cas?
Les médias électroniques connaissent un développement fulgurant et les habitudes des consommateurs changent. Le service public doit donc s’adapter. La réflexion a déjà commencé et nous voulons par exemple proposer plus de productions originales, mais nous devons dégager des moyens pour pouvoir le faire.

Se dirige-t-on vers une restriction du service public et une diminution des programmes?
Il s’agit plutôt de redéfinition que de restriction. Le service public devient toujours plus nécessaire par les temps qui courent: ne serait-ce que pour assurer l’accès à une information indépendante et fiable, dans la situation confuse que nous vivons.

On en revient à la question de tout à l’heure: est-ce vraiment le rôle de la télévision publique de diffuser ces séries à succès?
Certes, il serait nettement préférable de présenter des productions maison ou des créations européennes. Mais leur coût dépasse de très loin celui des droits de diffusion des séries américaines: elles reviennent presque 100 fois plus cher.

Pourquoi ne pas y renoncer tout simplement?
Nous nous retrouverions face à un autre dilemme, car nous pouvons difficilement garder notre public tout en renonçant aux programmes de divertissement. Là où le service public reste strictement cantonné à sa mission comme aux Etats-Unis, où il se limite aux programmes culturels et documentaires, aux informations et aux débats de qualité, les parts de marché n’atteignent pas 2 pour cent. Or, telle qu’elle est définie par la loi, la mission de la SSR est tout de même plus ambitieuse et vise notamment à créer des liens et à contribuer à la cohésion nationale. Pour cela, il faut que chacun y trouve son compte et nous ne pouvons pas nous contenter de chaînes alibi.

„On ne peut pas voir l’avenir en rose en restant dans les chiffres rouges”, a relevé M. de Weck. Cela sonne comme l’annonce d’un programme.
Oui, l’objectif est clair. Sitôt que le Conseil fédéral aura défini la ligne et la marge de manœuvre de la SSR pour prélever ses recettes, nous entreprendrons de résorber la dette. Nous ne voulons pas attendre six mois pour nous attaquer au problème. Certaines mesures ont du reste déjà été décidées, comme le gel des salaires, la vente d’immeubles et les économies de 30 millions à réaliser dans le domaine du support.

Vous attendiez-vous à des réactions si dures de la part de l’UDC?
M. de Weck représente un courant de pensée libéral et europhile, très éloigné de la ligne UDC. Mais ce parti critique la SSR sous tous ses aspects depuis des années, indépendamment de la personnalité de son directeur général. Dans sa fonction, M. de Weck n’est cependant pas appelé à exprimer sa sensibilité politique, mais à consolider une SSR qui soit au service de tous.

Jean-Bernard Münch est président du conseil d’administration de la SSR et a participé au comité d’élection du nouveau directeur général.

© EDITO 2010


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