La Radio-télévision de la Suisse italienne contribue à la perte de professionnalisme. Par Enrico Morresi
La RTSI veut être un employeur attrayant et socialement intéressant, qui offre de vastes possibilités de formation et de développement professionnel” pouvait-on lire dans le Bilan social de la RTSI de 2003. Aujourd’hui, nous sommes malheureusement contraints d’observer que la Radio-télévision de la Suisse italienne contribue à la perte de professionnalisme déjà constatée dans tout le secteur des médias, et dénoncée à juste titre par les associations professionnelles. La précarité, maladie grave qui affecte l’ensemble du monde du travail, est en train de s’infiltrer également dans le service public de radio-télévision, sans aucun égard pour les obligations institutionnelles de celui-ci. Exemple: les émissions critiques que les magazines TV „Falò” et „Patti chiari” ont consacrées au travail précaire ont été mises en ondes essentiellement par du personnel recruté à l’extérieur.
Payés à l’heure. Que la RSI fasse depuis toujours appel à des entreprises externes pour la production de programmes répond à une réelle exigence de flexibilité. Certaines émissions ont des pics de production, impliquant des rythmes de travail qui varient tout au long de l’année, et dans le courant de la journée. Il y a donc une externalisation „naturelle” qui n’est pas nouvelle et qui fait que des entreprises extérieures fabriquent et vendent des programmes à la RSI. Il n’existe pas de monopole interne de la production, comme le prévoit d’ailleurs la concession: „La SSR fournit ses prestations (…) en garantissant notamment une part appropriée du marché à l’industrie audiovisuelle suisse indépendante ” (art. 2 al. 6 let. c Concession SSR). L’évolution que nous dénonçons ici est la transformation de ces entreprises en prestataires de services de personnel plutôt que de produits. Ce phénomène prend aujourd’hui des proportions telles qu’il faut craindre que cela ne devienne un moyen de contourner la convention collective qui lie la RSI à son personnel et définit ses conditions de travail. Il en résulte un recul du professionnalisme, qui est un objectif de la formation interne, et la transformation des entreprises extérieures en autant d’entreprises de travail temporaire où la RSI engage à loisir du personnel kleenex, à des conditions d’horaires et de salaires qu’elle ne pourrait imposer à son propre personnel. La RSI a même été jusqu’à proposer récemment aux entreprises extérieures qui travaillent pour elle des contrats de travail payés à l’heure et non plus à la journée ou à la demi-journée...
Via Adecco. Et puis, il y a les „véritables” précaires, celles et ceux que la RSI engage via Adecco, et qui doivent souvent se contenter d’un salaire de misère: 25 francs de l’heure (preuve à l’appui!), puisqu’une partie de ce que paie la RSI, selon des tarifs probablement corrects, va dans les poches de l’agence. Et qu’a fait l’agence pour mériter d’empocher ainsi une partie du salaire? A-t-elle formé la personne? Non! A-t-elle établi les contacts qui ont précédé cet engagement? Non! En réalité, elle n’intervient qu’au moment de la signature du contrat, car les contacts qui ont précédé cette signature ont été effectués par le candidat avec les services de la RSI. Nous avons donc des entreprises de travail intérimaire qui touchent un pourcentage du salaire sans même bouger le petit doigt. Quel est l’avantage que tire la RSI de tels rapports de travail? Osons une hypothèse: avoir à sa disposition un personnel taillable et corvéable à merci, et dont elle peut se séparer aisément ! A la lumière de la volonté affichée par le RSI d’être un employeur „socialement attrayant”, comment juger cette pratique?
Privilège. On peut bien sûr penser que la RSI, en raison de ses problèmes financiers, ne fait qu’agir comme d’autres employeurs et que ce n’est pas elle qui a inventé la déréglementation des rapports de travail. Certes. Mais ce raisonnement n’est pas acceptable, car les autres employeurs ne bénéficient pas de recettes garanties par la Confédération, comme c’est le cas de la SSR grâce à la redevance. Les autres employeurs doivent se battre pour trouver du travail et se faire payer. Ce n’est pas le cas de la RSI! A mes yeux, le privilège dont jouit la RSI doit aller de pair avec une politique sociale différente, qui est après tout la meilleure sauvegarde du professionnalisme. A moins que l’objectif ne soit plus la qualité?
Enrico Morresi est journaliste et ancien cadre de la RSI. La direction de la RSI, interpellée par l’auteur, n’a pas souhaité prendre position.
© EDITO 2010 |