L’éviction de Christophe Gallaz du „Matin Dimanche” suscite un vrai débat sur ce que l’on peut attendre d’un hebdomadaire grand public en termes de qualité. Propos recueillis par Sylvie Jeanbourquin
EDITO: Le lectorat du „Matin Dimanche”, seul hebdomadaire dominical romand, n’est-il pas par définition multiple et ne devrait-il pas séduire le plus grand nombre, y compris les plus intellectuels d’entre eux? Ariane Dayer: Tout à fait et c’est d’ailleurs l’objectif de la nouvelle formule: augmenter la qualité de l’information par davantage d’enquêtes et la quantité en proposant plus de textes et moins d’illustrations. Contrairement à ce qui a été dit avec l’affaire Gallaz, on est pas en train d’abaisser la qualité et les exigences intellectuelles. Dans un journal qui compte 512 000 lecteurs, on accumule plusieurs sortes de lectorats et on ne veut pas larguer ceux qui ont des exigences plus approfondies.
„Le Matin Dimanche” est en situation de monopole mais craignez-vous l’apparition d’un nouveau titre si des lecteurs deviennent mécontents? C’est un danger que je n’exclus pas. Il ne faut pas s’endormir et ceci explique aussi la nécessité d’une nouvelle formule qui donnera un nouveau souffle au journal. Contrairement à votre affirmation, on est pas en situation de monopole le dimanche car on a la concurrence de la télé, de la radio et d’internet. De plus, les quotidiens ont de plus en plus de numéros spéciaux le samedi qui sont destinés à être lus sur le week-end. Avec une rédaction de 15 personnes, le „Matin Dimanche” ne veut pas être en reste et sortir aussi des scoops comme le fait la presse dominicale alémanique. On est d’ailleurs très satisfait de notre partenariat avec la „SonntagsZeitung”.
EDITO: Le lectorat du seul hebdomadaire dominical romand n’est-il pas par définition multiple et ne devrait-il pas séduire le plus grand nombre, y compris les plus intellectuels d’entre eux? Christophe Gallaz: Bien sûr! Dans l’idéal, il devrait séduire tout le monde. Souvent, les responsables éditoriaux essaient de se faire une représentation du lectorat qui est caricaturale. Pour atteindre le plus grand nombre, on vise le peuple, soit les coiffeuses et les caissières et on isole tout ce qui est qualifié d’élite, soit un contenu plus complexe ou des phrases plus longues. Cette attitude procède d’un triple mépris: envers les coiffeuses pour lesquelles on pense qu’elles n’ont pas de souci d’élévation intellectuelle, envers l’élite que l’on imagine séparée du reste et vivant dans sa tour d’ivoire et envers les journalistes qui doivent oublier toute notion de plaisir et produire un matériau grand public et monosyllabique.
Comment faire alors un journal grand public qui réponde à ces critères? Il faut offrir un matériau diversifié où chacun puisse y trouver ce qu’il recherche. Des articles plus simples doivent être entrelacés de réflexions plus pointues. Une grande tenue minimale dans la forme est également nécessaire. Un quotidien comme „Le Courrier” tend dans cette direction. Malheureusement, c’est une époque difficile pour les journaux qui ne sont pas des produits. La dérive des appellations successives – le journal est devenu un titre, puis un support, un produit et enfin une marque – en dit long sur la presse d’aujourd’hui.
SAUVEZ GALLAZ A l’annonce de la suppres-sion de la chronique de Christophe Gallaz dans „Le Matin Dimanche”, un véritable tsunami de protestations a déferlé dans les médias. Un groupe „Sauvez Gallaz” a été constitué sur facebook qui comptait 839 personnes à mi-mai. Ce remue-ménage n’a pas été vain puisque Christophe Gallaz a repris langue avec Ariane Dayer. Une nouvelle chronique est dans l’air. Réd.
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