Annonces Medienstellen
StartseiteArchivEDITO 03/09EDITO 03/09 F

Après les turbulences, l’Université de Fribourg axe la relance de sa formation en journalisme sur la communication économique.
Par Jean-Marie Pellaux

Il fut un temps où l’Université de Fribourg jouait un rôle de locomotive dans la formation académique des journalistes. Or depuis peu, il semble plutôt qu’elle cherche à rattraper le train en marche. A l’issue d’une période mouvementée, faite de revirements et de choix parfois contestés, l’Alma mater cherche à retrouver son glorieux passé. Et, sommet du bilinguisme si cher aux Fribourgeois, c’est à la section alémanique du Département des sciences de la société (DSS) que revient la tâche de remettre sur pied une filière francophone de formation des journalistes. Ce qu’elle a déjà commencé à faire.
Mais comment en est-on arrivé là? Il y a à peine plus d’une dizaine d’années encore, l’Université de Fribourg, et son Institut du Journalisme ouvert en 1965, attirait des étudiants de toute la Suisse. La formation, donnée par des professionnels des médias, était essentiellement pratique et débouchait sur l’obtention d’un diplôme ayant l’équivalence avec le RP. Citons Jean-Philippe Ceppi, Christophe Passer et Anne Dousse parmi la longue cohorte de ceux qui obtinrent alors le précieux sésame.

Changement de cap à la fin des années nonante; feu Jean Widmer met sur pied le DSS qui permet aux étudiants d’obtenir, non plus un diplôme, mais une licence. Cette nouvelle voie d’étude diverge toutefois assez clairement de celle suivie par l’Institut jusqu’ici. Pour faire court, l’approche des médias est désormais essentiellement sociologique.
Pour certains, c’est un apport tout à fait bénéfique. C’est l’occasion de prendre de la hauteur par rapport au monde médiatique, de mieux comprendre son fonctionnement. Pour d’autres, c’est une erreur. Car même si les ateliers d’écriture, radiophonique et vidéo restent en place, la formation pratique passe au second plan.

Pour Claude Chuard, chargé de cours depuis de nombreuses années, il y avait alors „un évident manque de sensibilité au monde concret des médias”. Muriel Surdez, professeur de sociologie dans le DSS, estime, elle, que: „Nous n’avions simplement pas l’objectif de former des étudiants à la pratique du journalisme mais de leur donner une réflexion plus globale sur la communication. Ce n’est pas sur les bancs de l’uni, mais dans la pratique, qu’on doit apprendre à rédiger un article.”
Dès le départ, le DSS fait recette et draine, jusqu’à cette année encore, près de la moitié des étudiants de la Faculté d’économie et de sciences sociales. Mais plusieurs d’entre eux se montrent rapidement désabusés voire déçus du contenu de la formation. Les liens avec les médias sont parfois ténus et la formation n’est plus professionnalisante. Ça grogne.
Jean Widmer décède en février 2007. Sa chaire se voit alors vidée de son essence sociologique. Désormais, l’orientation „médias et communication”, chère à la filière alémanique, est privilégiée. C’est d’ailleurs cette dernière qui mène actuellement la barque. Et elle vient de faire appel à Dominique Bourgeois, professeur à l’Ecole de Journalisme et de Communication de l’Université de la Méditerranée Aix-Marseille pour remettre sur pied une filière francophone plus professionnalisante. „Pour nous, c’est la personne idéale. Elle est profilée dans les deux domaines qui nous intéressent: la communication économique et le journalisme”, explique Philomen Schönhagen, professeur en sciences de la communication à Fribourg.
Il sera donc possible dès la rentrée de prendre une branche secondaire de bachelor intitulée „Journalisme”. „La formation sera aussi bien pratique qu’académique”, précise la scientifique fribourgeoise. Au cours de l’année à venir, Dominique Bourgeois va également s’affairer au développement d’un programme de master en „Communication économique”. A première vue, pas de quoi donc faire de la concurrence à Neuchâtel et son tout nouveau master.

Et Philomen Schönhagen de conclure: „C’est une formation très demandée par les étudiants. Elle débouche aussi bien sur le journalisme que sur le marketing ou les relations publiques.” De quoi redonner du lustre à l’Université de Fribourg? Peut-être. De quoi faire bondir les héritiers de Jean Widmer? Certainement.

© EDITO 2009


Druckversion