Un „monde à part” menacé
La pluralité et la liberté d’information souffrent dans une région réputée pour la densité de ses médias. Par Cristina Ferrari
Trois quotidiens, deux hebdomadaires populaires, trois radios, divers portails en ligne et deux télévisions; sans compter une multitude d’hebdomadaires, mensuels, bimestriels, périodiques, revues et publications. Le Tessin reste, en Suisse, le dernier bastion d’une large pluralité et liberté d’information. Un „monde à part” dont la condition de minorité, dans ce cas, ne semble pas être une nuisance. Au contraire, c’est probablement cette caractéristique de „derniers” qui a permis de maintenir vivante la volonté d’un grand pluralisme d’opinion et d’expression.
Pas de mea culpa. Une richesse qui semble être menacée par de douloureuses réorganisations. Avec le prétexte de la crise économique, et toujours ou presque sans „mea culpa” après des opérations éditoriales désastreuses, les journaux tessinois souffrent des séquelles d’un traitement de cheval touchant le personnel et les salaires. Une situation très inconfortable, ressentie au Tessin par toutes les catégories dépourvues d’un contrat collectif de travail depuis maintenant six ans, et une faux qui a élagué sans hésiter: à la RSI, 16 employés ont été considérés „en excédent”, au „Giornale del Popolo” les salaires ont subi une réduction de 5 pour cent; au „Corriere del Ticino” les employés ont tout d’abord perdu une semaine de vacances, puis 5 postes ont été supprimés à la rédaction (3 préretraites et 2 licenciements). Sans journalistes il n’y a pas d’information. Tel fut le message affligeant lancé lors de la récente assemblée de l’ATG (Associazione ticinese dei giornalisti). Le copié-collé des nouvelles et des communiqués altère la qualité de l’information. Les institutions et les entreprises se murent dans des silences complices.
Constellation historique. Le Tessin montre qu’il veut élever la voix et sauvegarder son propre trésor. Surtout parce que „le journal reste le moyen par excellence de la communication mais aussi de la propagande; plateforme programmatique, arme polémique, outil pour évaluer les amis et effrayer les ennemis, tremplin pour la carrière politique” note le journaliste et historien Orazio Martinetti. Le premier Conseiller fédéral tessinois, élu en 1848, Stefano Franscini, un des publicistes les plus prolifiques de l’époque, fut du reste fondateur et directeur de journaux tels que „Il Repubblicano della Svizzera italiana”. En outre, le système proportionnel, introduit après la „révolution” de 1890, favorisa la prolifération des journaux au Tessin. „Cette constellation s’est substantiellement maintenue inaltérée pendant tout le XXe siècle, miroir fidèle des forces présentes dans l’arène politique. Les années 80 ont vu prospérer et en même temps tomber les quotidiens (qui, avec la naissance du ‚Quotidiano’, étaient devenus sept: nombre insoutenable, ponctue Martinetti. la crise financière a contraint de nombreux quotidiens de parti à se transformer en hebdomadaires, tandis que d’autres ont disparu de la scène. A partir de ce moment-là, une ère nouvelle a commencé et on a vu apparaître de nouveaux journaux, tels que ceux du dimanche, et surtout d’autres moyens de communication, tels que les radios et les télévisions privées (Tele-Ticino) et la communication en ligne.”
Des opinions plus ou moins indépendantes mais qui n’en sont pas moins l’expression d’une liberté d’information de plus en plus menacée. D’où la mise en garde de toute la catégorie, indépendamment de l’association d’appartenance (ATG, Comedia, SSM). Face aux exemples préoccupants de dégradation de la qualité de l’information qui se manifeste à travers la réduction des effectifs dans les rédactions et dans les entreprises, face aux exemples d’acceptation de modes peu professionnels de confectionner l’information et face à la diffusion du travail précaire, le mot d’ordre est „mobilisation”.
Cristina Ferrari est journaliste libre.
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