Annonces Medienstellen
StartseiteArchivEDITO 02/10EDITO 02/10 F

Un groupe sur Facebook a discuté des candidatures au poste de rédacteur en chef du „Temps”. Le journaliste Gabriel Sigrist, instigateur du forum, commente.
Propos recueillis par Sylvie Jeanbourquin

EDITO: Pourquoi avez-vous mené cette opération sur Facebook?
Gabriel Sigrist:
Il est plutôt rare qu’un poste de rédacteur en chef d’un média romand soit mis au concours. Un journal n’est pas tout à fait un produit comme les autres car il entretient un lien émotionnel avec ses lecteurs et joue un rôle dans la vie publique et démocratique. Du coup, son avenir concerne tout le monde: les journalistes en premier lieu, mais aussi ses lecteurs et tous les acteurs de la vie publique. Donc je trouvais intéressant que les internautes fassent des propositions concernant son avenir. L’écrivain Daniel de Roulet, par exemple, a partagé sur le forum la vision qu’il avait du „Temps” et comment il souhaitait voir évaluer les pages culturelles.

Comment cela a-t-il commencé?
Le 1er décembre 2009, peu après l’annonce de la démission de Jean-Jacques Roth, j’ai créé le groupe „Quel rédacteur en chef pour le Temps?” En mars, il comptait 427 membres, dont un grand nombre de journalistes. Lors des sondages organisés en ligne, environ 300 personnes se sont exprimées.

Comment étaient choisis les candidats pour lesquels les internautes votaient?
Je n’ai rien orienté. J’ai simplement rassemblé les noms qui étaient les plus cités dans les discussions. Au départ, une vingtaine de noms circulaient, y compris quelques farfelus, puis certaines candidatures officielles ont été connues et le choix s’est resserré. Lors du sondage final le 9 février, Serge Michel est arrivé en tête avec 36 pour cent des voix, suivi par Alain Jeannet (25 pour cent), Pierre Veya (23 pour cent) et Jean-Claude Péclet (16 pour cent). Serge Michel, qui maîtrise les nouveaux médias et n’en a pas peur, s’est impliqué dans le forum et a même participé à une interview en ligne pour y détailler sa vision du journal. En plus de ses évidentes qualités de journaliste et de son parcours, son approche décomplexée du média online explique certainement sa popularité sur la plate-forme.

Pensez-vous que votre groupe sur Facebook a eu une influence sur le choix du candidat final?
Notre but était d’animer le débat et d’ouvrir la discussion et pas de soutenir un candidat ou un autre. Personnellement, je suis ravi du choix du conseil d’administration et Pierre Veya fera certainement un très bon rédacteur en chef. Il est intéressant de relever que Stéphane Garelli (ndlr: président du conseil d’administration du „Temps”) s’est mis sur Facebook afin de pouvoir suivre cette opération. Il est d’ailleurs intervenu pour dire qu’il avait consulté le forum avec intérêt …

Comment la rédaction du „Temps” a-t-elle réagi à cette opération?
Beaucoup de journalistes ont consulté le forum mais peu se sont exprimés et on comprend très bien pourquoi! Il est toujours délicat de parler ouvertement de son futur chef et de s’exprimer d’une manière générale sur ses confrères.

Avez-vous eu connaissance d’un autre type de consultation sur Facebook pour un poste de rédacteur en chef en Suisse ou à l’étranger?
Aucune idée. Mais je constate qu’il y a un parallèle avec le site Innocent (voir encadré). A l’époque, peu de journalistes utilisaient internet, et beaucoup de cadres du monde des médias s’étaient mis en ligne juste pour consulter ce site. Avec ce forum, plusieurs acteurs du secteur, dont Stéphane Garelli, se sont mis à consulter Facebook. L’aspect pédagogique de l’opération est intéressant…

Faudrait-il répéter ce genre d’opération?
Oui, bien sûr. Il faut veiller à modérer les interventions pour éviter les dérapages, mais je pense qu’il y aurait une place pour un forum permanent et animé sur l’avenir des médias en Suisse. Le secteur est en pleine mutation et nous n’avons que trop peu l’occasion d’en débattre, y compris entre professionnels.


Sylvie Jeanbourquin est journaliste libre.


Avec Pierre Grosjean (à gauche), Gabriel Sigrist avait animé, en 1997, un site consacré aux dessous de la fusion entre le „Journal de Genève” et le „Nouveau Quotidien”, et à la naissance du „Temps”. Le „site Innocent” avait rencontré un grand succès. Les deux journalistes ont ensuite fondé, en 1999, le magazine en ligne Largeur.com, qui s'est développé en LargeNetwork.com

© EDITO 2010


Druckversion