Le journalisme patriotique Jusqu’où un journaliste doit-il se mettre au service de son public particulier? Dans une certaine mesure, c’est légitime, mais ça peut aussi se faire au détriment de la qualité de l’information. On en a un exemple flagrant avec les dérives patriotiques. Qu’une rubrique sportive centre son intérêt sur les sportifs de son pays, on ne va pas le lui reprocher, là c’est juste une question de mesure – largement dépassée dans l’insupportable couverture des JO de Vancouver sur France Télévisions, heureusement dénoncée par plusieurs journalistes français. Mais dans l’information politique? Un bon exemple, permanent, de désinformation patriotique, c’est la couverture de l’Union européenne dans la presse populaire britannique, qui a pour seul objectif de flatter l’orgueil national de ses lecteurs.
En Suisse romande, ces derniers temps, avec l’affaire libyenne, les minarets ou le secret bancaire, on assiste à mon avis à une résurgence regrettable de ce journalisme patriotique. Qui est souvent biaisé. Qui s’identifie au pays en disant parfois „nous” en évoquant la position suisse dans des négociations avec d’autres pays. Qui, plutôt que vérifier la véracité des reproches des autres, construit des sujets consistant à interroger des „experts” sur l’incapacité des autres à „nous” comprendre. Pouvons-nous ainsi partir de l’idée que ce sont forcément les autres qui ont tort? Ne devrions-nous pas nous poser des questions sur ce que ça signifie: que pour coller à notre public, nous nous éloignons parfois de la quête de l’objectivité?
Début mars, un auditeur de France voisine nous a écrit pour se plaindre, en ami, d’entendre chaque matin sur nos ondes des invités exprimant „la conviction profonde de la supériorité helvétique en toute chose”. Il parlait plutôt des invités que des journalistes, mais tout de même: comme s’il leur appartenait de mettre du baume au cœur d’une population blessée dans son sentiment national, nos médias donnent volontiers de la place à l’expression de ce patriotisme. Cet auditeur, nous l’avons invité à s’exprimer dans Médialogues. Son propos, nullement arrogant, a bien sûr suscité des réactions outrées du genre: „C’est le comble venant d’un Français !” Sommes-nous encore capables de prendre assez de recul critique avec nous-mêmes?
Alain Maillard, www.medialogues.rsr.ch www.mediablogues.rsr.ch
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