A l’est du Chiapas, au Mexique, vit le peuple lacandon. Autrefois, la vaste forêt pluviale fut son seul monde. Par Jacqueline Meier
Les Lacandons, peuple Maya, vivent dans la forêt tropicale humide, la Selva Lacandona, à l’est du Chiapas au Mexique. Le monde, pour les Lacandons, était autrefois la vaste forêt pluviale habitée d’eux seuls. Jusqu’à la fin du 19e siècle, ils semblent n’avoir rien su ni connu de la conquête espagnole, voire de la nouvelle nation qui annexa la forêt faisant désormais partie du territoire mexicain. Les premiers contacts involontaires s’établirent avec des explorateurs, des archéologues, suivis de près par des bûcherons avides des richesses que sont le cèdre tropical et l’impressionnant Mahogany, l’arbre sacré des Lacandons. Dès le début du 20e siècle, des germes et maladies inconnus s’invitèrent du fait de l’implantation de nouveaux fermiers, l’alcool, du prosélytisme et du contact accéléré avec le monde extérieur. Les ravages ainsi provoqués décimeront la population, dont des vieux sages dépositaires de l’histoire du peuple lacandon et de sa religion. Aujourd’hui environ mille Lacandons répartis en trois communautés habitent la „zone Lacandona protégée”, créée par le gouvernement pour maintenir ce qui reste de la forêt tropicale humide primaire, en freinant la déforestation systématique et sauvage ainsi que la colonisation hors contrôle. A Nahá, dans la communauté la mieux préservée, Don Antonio, le plus vieux et respecté parmi les siens, est le détenteur du savoir et des rites religieux, l’ultime chef spirituel. La variation lacandon du panthéon des dieux mayas et la façon dont Don Antonio les vénère viennent directement de l’ancienne civilisation Maya. Don Antonio officie dans la maison des dieux, ouverte aux quatre coins et couverte d’un toit de chaume. Avec une grande vitalité, il parle d’abord des croyances des anciens concernant la création du monde et explique comment les dieux établirent leurs relations respectives sur les divers aspects de la réalité. Une main levée comme en signe de présage, il décrit l’influence du monde moderne sur la communauté qui n’adhère plus aux anciennes croyances ni aux rituels de guérison. Il s’étend sur les conséquences fâcheuses du non-respect de l’homme envers la forêt. Agile comme un jaguar, il s’assied sur ses talons pour préparer les pots à encens et enflammer le copal. C’est alors qu’il entre en contact avec les dieux par des prières et des chants. Ses mains captent l’esprit du feu. Le dos droit, les yeux mi-clos, Don Antonio semble absorbé par le mystère. La cérémonie n’est pas sans effet sur les hommes plus jeunes restés à l’extérieur de la maison des dieux. Sur leurs visages, les incantations, les chants et les paroles du vieil homme sont à l’œuvre et les emportent malgré eux ailleurs. Les Lacandons parlent la langue maya et les hommes portent la traditionnelle tunique de coton blanche. Ainsi, vivant dans deux mondes, les Lacandons veillent sur leur forêt et accueillent avec curiosité les rares visiteurs qui s’aventurent jusqu’à Nahá et sa lagune intacte, dans la profondeur moite de la Selva Lacandona.
Jacqueline Meier est photographe indépendante. L’histoire sur l’origine et l’évolution des Lacandons dans le temps est sujet à controverse et polémique. L’auteur s’est référée à l’ouvrage de Robert D. Bruce et Victor Perera „The Last Lords of Palenque” (1982) ainsi qu’au livre de Didier B. Boremanse „The social organization of the Lacandon Indians of Mexico", Oxford 1978.
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