Vingt ans après sa création, „il Mattino della domenica” reste surtout un organe d’information de parti. Par Cristina Ferrari
Le 18 mars 2010, „il Mattino della domenica” soufflera les vingt bougies de son gâteau d’anniversaire. Un âge qui lui permet de se regarder avec confiance et de démentir les cassandres qui, en 1990, avaient présagé sa fin prochaine. Il en fut de même pour le parti fondé treize mois plus tard et auquel il est depuis toujours intimement lié, la Lega des Tessinois. Hebdomadaire gratuit, dans la lignée du „Blick” zurichois, „il Mattino”, a en effet une genèse tout à fait originale: distribué dans 146 caissettes vertes, placées dans les principales villes du Canton, il a su anticiper et ouvrir la voie maîtresse à un mouvement qui a vu, et voit aujourd’hui encore, en Giuliano Bignasca son président à vie.
Coup d’éclat. „Le succès du Mattino, raconte Michele De Lauretis, coauteur avec Bruno Giussani d’un livre sur le phénomène leghiste, est dû au fond à une idée peu originale qui consiste en fait à occuper l’espace laissé par l’édition tessinoise, celui du dimanche.” Des débuts qui, loin d’être discrets, furent annoncés avec grand fracas, jusqu’à provoquer l’année suivante, le coup d’éclat aux élections cantonales. „La naissance du ‚Mattino’ trouve sa propre origine, note De Lauretis, dans une série d’expériences mûries par Bignasca au sein du monde éditorial tessinois. A croire que l’entrepreneur tessinois était pris d’une soif et d’une envie soudaine de journaux.” Selon les mots de Bignasca d’alors, les objectifs de l’hebdomadaire sont clairs: „Démasquer les puissants, l’arrogance du pouvoir et des grandes familles qui font la pluie et le beau temps, qui décident de notre vie comme si nous étions leurs sujets, comme si nous vivions encore au Moyen-Age”.
Un message qui, dès ses débuts, est coloré, direct et sans fioritures. Trente-deux pages, tirées à 45 mille exemplaires et une rédaction composée à l’origine de six journalistes. En tête blanc et noir sur fond vert pour la première partie et en tête rouge pour la seconde. L’impact, dans un panorama cantonal graphiquement plutôt gris et conformiste, fut fort. „Ils gagnèrent immédiatement avec la communication, ponctue De Lauretis, car les journalistes d’alors étaient plutôt figés. Ils ont complètement révolutionné la façon d’écrire et de faire passer le message. Au début c’était comme le ‚Blick’ à Zurich. De l’autre côté des Alpes, on demandait au marchand de journaux le ‚Zuri mit’ pour faire comprendre qu’il s’agissait de la ‚Neue Zürcher Zeitung’ avec le quotidien scandaleux ‚Blick’, et à Lugano on enroulait le ‚Mattino’ dans les quotidiens…”
Honte. Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui encore, ont „honte” d’admettre qu’ils lisent l’hebdomadaire leghiste, mais tous le feuillettent, attirés en général par cette forme de communication nouvelle et différente. Communication bourrée d’ironie, de satire, de moquerie, dans certains cas à la limite de la vulgarité. „Si de toute façon la satire doit être protégée, ne manque pas de noter Enrico Morresi, président du Conseil suisse de la presse, souvent et volontiers, le ‚Mattino’ tombe dans le mauvais goût, la diffamation, la violation de la vie privée et le manque de considération pour la déontologie journalistique.” Une sorte de sermon dominical dans lequel la „Parole” est unilatérale, sans scrupules et sans réplique possible, même si Flavio Maspoli, bras droit de Bignasca, intitulait la première édition: „Coerentemente tollerante” (tolérant de façon cohérente) et écrivait: „Exprimer des idées, signifie favoriser la confrontation, ouvrir le dialogue et mieux se connaître. Notre journal souhaite s’ouvrir et offrir un espace à tous. Il ne s’agit pas d’une solution de facilité, mais bien la concrétisation de la certitude que la vérité n’est rarement que d’un seul côté.” Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Aujourd’hui, „il Mattino” semble ne rapporter qu’une seule „Parole”: les critiques féroces envers l’adversaire politique sont à l’ordre du jour, les photomontages qui dénigrent les conseillers d’Etat ou les ministres de la Confédération ne sont plus une nouveauté et le message est de plus en plus trivial (et souvent rempli de mots vulgaires). Pourquoi cela?
Allergie. „Les choses se sont faites par vagues, nous répond le grand conseiller leghiste et important signataire du quotidien de via Monte Boglia, Lorenzo Quadri, et aujourd’hui nous ne sommes sûrement pas dans le creux d’une d’entre elles. La réponse à cette question est entièrement dans les décisions éditoriales. Tant qu’il y avait une rédaction nombreuse, la forme de communication devait répondre à différentes exigences et en particulier à la direction, aujourd’hui c’est différent, le choix est celui de l’éditeur.” Editeur qui n’a jamais caché son „allergie” à la catégorie des journalistes. „Du reste l’objectif du ‚Mattino’, n’oublie pas de rappeler Quadri, n’est pas de faire école, c’est un phénomène en soi, je ne chercherai pas à le situer dans un discours lié à la déontologie professionnelle ou autre (…) En ce qui concerne les photomontages, ils attirent l’attention. J’admets que dans certains cas cela tombe dans la provocation, que cela peut être excessif, et même si l’on excepte le Tessin, surtout hors des frontières cantonales, ce n’est certes pas un spécimen (…) Nous ne devons pas comparer le ‚Mattino’ à n’importe quel quotidien, cela reste surtout un organe d’information de parti.”
Cristina Ferrari est journaliste indépendante à Lugano.
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