Annonces Medienstellen
StartseiteArchivEDITO 01/10EDITO 01/10 F

Lancé en mai 2006, le site parisien Bakchich.info tente de survivre. Plus riche
en scoops qu’en billets de banques, il a lancé un hebdomadaire papier en septembre. L’écrit au secours d’Internet?
Par Ian Hamel

Surtout ne rien faire comme tout le monde. La mort de la presse écrite est programmée? Le site Internet Bakchich.info propose chaque semaine un hebdomadaire papier. Le pari est loin d’être gagné, car le journal ne se vend qu’à 11 000–12 000 exemplaires.
Depuis quelques semaines, Bakchich est en redressement judiciaire avec plan de continuation. „Nous sommes partis sans un sou et presque quatre ans plus tard nous sommes toujours là. Nous tirons le diable par la queue, mais nous gardons espoir, les dettes de Bakchich sont faibles”, assure Xavier Monnier, l’un des fondateurs.

Infos et mauvais esprit. Parmi les trois principaux sites internet français, Rue 89, Bakchich et Mediapart, Bakchich occupe une place à part. D’abord, il ne suit pas véritablement l’actualité. Il ne sort une information que lorsqu’il peut fournir une information exclusive, un scoop. Ensuite, il se vante de ne pas posséder de ligne éditoriale, et de ne pas respecter les codes parisiens.
Habituellement en France, si un média est classé à gauche, il ne tape jamais trop fort sur le PS. S’il se situe à droite, il ménage Nicolas Sarkozy et le gouvernement. Rien de tout cela chez Bakchich. Son slogan: „Informations, enquêtes et mauvais esprit”. „Nous sommes des sales gosses, loin de toutes les coteries”, se vante l’équipe installée dans le XXe arrondissement de Paris.

Le yacht de Bolloré. Tout commence début 2006 quand trois jeunes de moins de 25 ans décident de créer un journal afin „d’écrire ce qui ne s’écrit pas ailleurs”. Comme ils n’ont pas d’argent, ils choisissent la Toile. Bakchich.info se fait remarquer juste après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Ce dernier part se prélasser sur le yacht de l’homme d’affaires Vincent Bolloré au large de Malte. Les „sales gosses” dévoilent les contrats qui lient l’Etat français au groupe Bolloré.
„Nous sortons beaucoup d’exclusivités, mais celles-ci sont souvent pillées par le reste de la presse, qui ‚oublie’ régulièrement de nous citer”, déplore Nicolas Beau, ancien reporter du „Canard enchaîné”. En octobre 2007, cet excellent journaliste d’investigation décide de rejoindre Bakchich, il est suivi par un baroudeur passé par „Paris-Match”, Jacques-Marie Bourget. „En dehors des deux vieux guerriers de la presse, le reste de l’équipe a moins de 35 ans. Ce sont des jeunes bourrés de talents”, insiste Nicolas Beau, qui vient de publier „La régente de Carthage- Main basse sur la Tunisie”. Mais un million de visiteurs par mois, quelques abonnements aux „Off”, les informations payantes de Bakchich, et un peu de publicité, ne permettent pas d’équilibrer un budget. Le site emploie une douzaine de personnes, payées entre 1500 et 2800 euros par mois (2200 à 4100 francs).

Pas encore mort L’équipe, au bord du gouffre financier, décide, comme le veut la blague, de faire un grand pas en avant. Et, prenant tout le monde à contre-pied, elle lance un hebdomadaire papier, „Bakchich Hebdo”. Succès d’estime pour le premier numéro qui sort le 23 septembre 2009: 30 000 exemplaires.
Depuis les ventes se sont stabilisées à 11 000–12 000 exemplaires. Pas assez pour équilibrer. Le 9 novembre, Bakchich dépose son bilan, mais continue son épopée, à la fois sur Internet et dans les kiosques. „Depuis le temps qu’on annonce notre mort! Mais nous sommes toujours là”, sourit Xavier Monnier.

Ian Hamel est journaliste et écrivain.

© EDITO 2010


Druckversion