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Les informacteurs

De Copenhague à Port-au-Prince, les journalistes peuvent-ils (doivent-ils) être sauveurs de la planète? On sonne, enfin, le tocsin climatique après un silence de 30 ans qui a précisément aggravé le problème. On vibre avec Haïti, aidant activement les radios sinistrées de l’île à informer les gens. La citoyenneté médiatique a l’air de s’affirmer.
Mais entre méga-sommet et méga-cata, nos hérauts font-ils leur boulot? Observer les processus à long terme. Démontrer les causes des malheurs. Questionner les acteurs globaux, à Genève ou ailleurs. Braquer le spot sur ceux qui retardent ou bloquent les solutions. Le non-scoop des 40 000 enfants qui meurent chaque jour de rien. Les menaces négligées ‒ épuisement des sols, résidus chimiques dans les eaux... Là, l’industrie de l’info reste sans voix.
Citoyens ou pas, au 21e siècle les médias font clairement partie du jeu planétaire, avec les Etats, l’économie et les organisations non gouvernementales. La partie qui se joue serait rien moins que la survie de l’humanité. Peut-on rester les bras croisés face à notre planète mourante, demande la Croix-Verte de Gorbatchev?
Si on en croit les climatologues du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il reste 10 à 15 ans pour instaurer une civilisation moins prédatrice. Après, ce sera sans doute incontrôlable. Faire comprendre et accepter un changement aussi rapide n’est pas possible sans mettre les médias dans le coup. Restons bien sûr vigilants, critiques et pluralistes ‒ on aimerait tant que le GIEC se trompe! Hélas, même s’il y a quelques erreurs, ça sent tout de même le roussi.
Nous sommes tous sur le même vaisseau spatial Terre. Si c’est le Titanic, les médias sont-ils l’orchestre qui nous berce jusqu’au naufrage? Ou une place publique qui interpelle et donne la parole à tous: pilotes, équipage, armateurs, passagers de première comme ceux qui croupissent au fond de la cale, savants qui annoncent les tempêtes. „Qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce qu’on fait?” Pas notre mission? Si, justement: la notion de responsabilité sociale des médias émerge. Pour ne pas être accusés de non-assistance à planète en danger. En septembre à Paris, les radios et TV publiques du monde entier, BBC en tête, ont inscrit à l’Unesco leur engagement sur le front climatique.Info et action sont-elles compatibles? Le Quatrième pouvoir peut-il, doit-il, mettre de manière concertée son poids dans la balance pour infléchir à temps la route du Titanic? Le débat est ouvert.

Daniel Wermus
Directeur
Media21 – Réseau de journalisme global Genève
dwermus@media21geneva.org

© EDITO 2010


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