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Une vingtaine d’années après la disparition de Nicolae Ceaucescu, la capitale roumaine ne s’est pas remise des dévastations infligées par la mégalomanie du dictateur roumain.
Par Michel Bührer

Profitant du séisme de 1977, le „génie des Carpates” avait fait raser des hectares d’anciens quartiers pour donner libre cours à sa folie des grandeurs architecturales. Seule sa mort, il y a 20 ans, a stoppé l’entreprise de démolition. Reste, en marge de ce désastre, des fragments de ville qui racontent un siècle d’histoire politique et sociale.
Entre les anciens bâtiments de prestige accaparés par la nomenklatura communiste (devenue la classe politico-affairiste d’aujourd’hui) et les interminables barres d’immeubles érigés pour accueillir les classes ouvrières, le visiteur est surpris de découvrir des rangées de petites maisons individuelles, parfois cernées par des blocs menaçants. Disparates, très modestes ou de très belle facture, très souvent dans un état lamentable. Elles expriment tout le mépris que le régime communiste a affiché pour l’héritage architectural du pays, via la chasse à la bourgeoisie. A partir de 1948, les propriétaires furent dépossédés et, la paupérisation générale aidant, les bâtiments se sont dégradés au fil des ans. Les marquises ont rouillé, les gargouilles se sont effondrées et les crépis fissurés. Mais on peut toujours découvrir au fil des ruelles les témoins d’une ville florissante et cosmopolite dans l’alignement des villas rococo d’inspiration saxonne, côtoyant les immeubles massifs de style „néo-roumain”, qui devait affirmer une identité nationale, et des petites perles des années 30, période très créative à Bucarest.

Aujourd’hui, les rénovations ont commencé, pour le meilleur et pour le pire, tandis que des milliers de propriétaires se battent pour recouvrer leur bien. Les styles s’affrontent et s’entrechoquent toujours en dépit de toute règle apparente, livrés aux appétits de la spéculation. La ville et ses habitants semblent en avoir l’habitude. En 1935 déjà, Paul Morand écrivait: „La leçon que nous donne Bucarest n’est pas une leçon d’art, mais une leçon de vie; elle enseigne à s’adapter à tout, même à l’impossible.”

Michel Bührer
est journaliste et photographe indépendant à Orbe.

© EDITO 2010


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