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Par Christian Campiche

En Suisse on a de belles lois mais encore faut-il pouvoir les appliquer. Combien de procureurs ne se plaignent pas de l’insuffisance de leurs effectifs qui les empêche d’enquêter efficacement sur les opérations d’initiés en Bourse, par exemple? Alors que renvoyer un demandeur d’asile ne prend parfois que quelques heures, on attend toujours que les responsables du krach de la première banque du pays répondent de leurs actes devant la justice. Les dirigeants de Swissair, eux, sont déjà passés entre les gouttes. On les a jugés incompétents pour mieux les absoudre.

La situation est plus lâche encore dans les médias qui ne disposent pas de règles véritablement coercitives pour mater les abus et autres dérives. Le Conseil suisse de la presse (CSP) émet de belles recommandations, il prononce des blâmes mais la sanction ne dépasse pas le stade de l’opprobre. En 2007, cette instance a rendu un jugement essentiel dans l’affaire de la publicité déguisée. Suite à une plainte déposée par l’association info-en-danger, le CSP a décrété qu’ „une claire distinction entre contenu rédactionnel et publicité est essentielle pour la crédibilité des médias”. Et de s’en remettre au bon vouloir des éditeurs et des rédactions en chef.

Dans la foulée, l’association Presse Suisse, qui défend les intérêts des éditeurs, s’est dotée d’un code de conduite. „Les consommateurs de médias doivent être en mesure de déterminer aisément si un écrit déterminé est d’origine rédactionnelle ou commerciale (financée par des tiers). La rédaction et l’éditeur s’engagent à veiller ensemble à ce que cette séparation soit garantie”, lit-on dans le document daté de mars 2008. Mais autre chose est dire, et autre chose faire. Les pratiques illustrant une collusion entre la publicité et le rédactionnel n’ont pas cessé, loin de là. Elles s’étendent même à la photographie, comme le montre l’enquête de Sid Ahmed Hammouche (p. 10).

En diffusant des photographies commerciales sous couvert d’images d’information ordinaires, Keystone, une agence de presse contrôlée à hauteur de 40 pour cent par l’ATS, a pris le risque de contrevenir à la Déclaration des devoirs et droits des journalistes dont l’article 10 interdit de confondre le métier de journaliste avec celui de publicitaire. Saisi d’une plainte d’impressum, le Conseil suisse de la presse tranchera. D’ici-là, on ne voit pas ce qui empêcherait les éditeurs, à la fois signataires de ladite déclaration, clients de Keystone et propriétaires de l’ATS, de faire déjà de l’ordre dans la maison.

© EDITO 2010


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