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Dans „Affaire classée”, le journaliste Alec Feuz, ancien de la TSR, montre comment la justice vaudoise a enterré l’affaire d’espionnage d’Attac par Nestlé et Securitas. La presse suisse a, elle aussi, enterré le dossier.
Par Ian Hamel

Rappelons les faits: le 12 juin 2008, le magazine „Temps Présent” révèle que depuis 2003 la société Securitas a infiltré une taupe au sein d’Attac pour le compte de Nestlé. Plus spécialement au sein du groupe „Mondialisation et multinationales”, travaillant à la rédaction d’un livre intitulé „Attac contre l’empire Nestlé”, qui paraîtra en mai 2004. Cette taupe, qui se fait appeler Sara Meylan, disparaît du jour au lendemain. On apprendra plus tard qu’elle n’est pas la seule espionne. Le groupe „Mondialisation et multinationales” est en contact avec des syndicalistes travaillant dans des usines Nestlé dans le tiers-monde, notamment en Amérique du Sud.

„Si on ne cherche pas …” Si un militant en Suisse ne met pas sa vie en danger, en revanche, ce n’est pas forcément le cas au Brésil ou en Colombie, où les droits de l’homme n’existent que sur le papier. Les faits, particulièrement graves, ne sont contestés ni par Securitas ni par Nestlé. Dans la Confédération, il y a bien eu violation du code pénal et de la loi sur la protection des données. Malgré cela, le juge vaudois Jacques Antenen, qui hérite du dossier, va développer des trésors d’imagination pour classer l’affaire. C’est la thèse développée par le journaliste Alec Feuz, dans „Affaire classée”. „Je n’ai aucun contentieux avec ce magistrat. Mon livre ne se base que sur des procès-verbaux d’audition. Je ne fais que constater que si on ne cherche pas, on ne trouve rien”, souligne Alec Feuz, jeune retraité de la TSR et ancien de l’équipe du magazine „Temps Présent”.

Innocenter à tout prix Nestlé. Luc Recordon, conseiller aux Etats vert, qui préface l’ouvrage,ne mâche pas ses mots. Parlant de Jacques Antenen, ancien juge d’instruction cantonal et aujourd’hui commandant de la police vaudoise, l’élu utilise les mots de „paresse”, „d’erreurs d’appréciations répétées”, de „complaisance”. En effet, „Affaire classée” démontre, preuves à l’appui, que la justice vaudoise a tout fait pour innocenter Securitas et Nestlé, afin que ces deux sociétés évitent les tribunaux. Dès le début de l’instruction, Jacques Antenen déclare que „Nestlé et Securitas sont de bonne foi”, et qu’il n’a pas besoin d’opérer des perquisitions car elles ne donneront rien! Mieux encore, le magistrat laisse le soin à Nestlé et à Securitas de choisir les pièces qu’elles entendent produire devant la justice… La justice prononce deux non-lieux, en février et en juillet 2009.

Boycott de la presse. On imagine que la presse romande s’est aussitôt jetée sur ce livre fort bien documenté d’un confrère sérieux. Et bien non! Certains médias ont assuré un service minimum, beaucoup n’ont carrément pas parlé d’„Affaire classée”, sous prétexte par exemple que le juge Antenen „n’a pas fourni d’éléments nouveaux susceptibles d’éclairer encore davantage le sujet. C’est-à-dire des réponses précises aux questions soulevées” par le livre d’Alec Feuz. Pour ne pas nous livrer à la délation, plutôt que d’énumérer toutes les publications qui ont boycotté l’ouvrage, citons celles qui lui ont ouvert leurs colonnes, à savoir „Le Courrier”, „La Liberté”, „La Tribune de Genève”, „Le Matin” et „Le Temps”. C’est peu.

Ian Hamel est journaliste et écrivain. Il vient de publier „Et si la Suisse ne servait plus à rien?” et „Xavier Bertrand, les coulisses d’une ambition”.

(*) Alec Feuz, „Affaire classée. Attac, Securitas, Nestlé”, Editions d’En Bas, 213 pages.

© EDITO 2010


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