Le Conseil d’Etat vaudois s’en est ému: les directions de la Radio et de la Télévision romandes sont-elles en train de „programmer une catastrophe” en rêvant de fusionner RSR et TSR? Que Lausanne ou Genève l’emporte, ce qui paraît programmé, c’est un combat pour la tête de l’information „fusionnée”. Un domaine où Patrick Nussbaum, le chef de l’info à la radio, a des chances réelles. Par Olivier Grivat
La course n’est pas encore formellement lancée que les coureurs sont déjà accroupis dans les starting-blocks de la future Radio-Télévision Suisse Romande. Pour le fauteuil de directeur général, personne ne paraît de taille à barrer l’autoroute Lausanne-Genève à l’habile Gilles Marchand, le patron peu contesté de la TV romande. Ce sociologue de formation, issu du département marketing de la „Tribune de Genève”, puis de Ringier Romandie à Lausanne(!), a su mener habilement sa barque lémanique. Ses atouts? Non journaliste et grandi hors du sérail, il a échappé à la guerre des clans, manie habilement le verbe et se garde bien de mettre ses pieds en terrains minés. Comme sociologue genevois, le milieu journalistique le considère volontiers comme „du bon bord”. Maîtrisant moins bien l’art de l’esquive, son homologue de la Radio romande, le Valaisan Gérard Tschopp, n’a pas su éviter les écueils. Le principal récif dans les eaux plus agitées de la SSR a pris la forme saugrenue de fichiers pédophiles détenus dans son ordinateur personnel par un cadre de la maison. Des fichiers dans lesquels le directeur s’est malencontreusement pris les pieds. Quand un journaliste de la TV romande lui demande s’il est candidat pour le poste, Gérard Tschopp prétend ne pas y avoir encore pensé. Ça rigole doucement à La Sallaz comme sur le quai Ansermet: Gilles Marchand n’a plus d’adversaire à ce poste directorial. Tout autre est la bataille pour le poste de directeur de l’information „fusionnée”... L’enjeu est de taille. Si la nouvelle entité ne doit avoir qu’un chef des ressources humaines, à l’image du service juridique déjà „fusionné”, le choix de directeur de l’info est hautement stratégique: „On marche-là sur des œufs”, confie un observateur. Les milieux politiques craignent de voir la balance pencher d’un côté ou de l’autre de la Versoix. Raison pour laquelle, en janvier dernier, le Conseil d’Etat vaudois a envoyé un courrier à Jean-François Roth, président du Conseil d’administration de la Radio-Télévision Suisse romande (RTSR) pour lui demander des éclaircissements, ainsi que des garanties quant au maintien de la rédaction de la Radio romande sur le site de La Sallaz. Suivant le choix du candidat, les milieux économiques ne sont guère plus rassurés. Il y a peu, la TV romande a pris l’option de se passer d’un chef de rubrique économique. En pleine crise financière mondiale, avec du recul, l’option paraît pour le moins malhabile. Et ce n’est pas le traitement de la crise d’UBS réservé par l’émission TTC qui aura rassuré les milieux de l’économie. Annoncer à grands cris et avec une joie mauvaise à peine dissimulée la faillite de la grande banque, même sous la forme d’une fiction, a valu à l’émission „économique” du lundi soir une avalanche de protestations à la mesure des milliards en jeu. L’information de manière générale est moins performante à la TSR qu’à la RSR, avec un magazine très orienté et très lourd à préparer comme „Temps présent” qui a beaucoup perdu de son actualité. Face à ces couacs télévisuels, un homme de presse a les faveurs de la cote. Patrick Nussbaum, le directeur du département de l’Information de la Radio romande, pourrait tirer les marrons du feu. C’est à lui qu’on doit la réussite d’émissions comme le „Journal du matin” avec le „Grand 8” ou le „Forum” le soir, même si l’on retrouve toujours les mêmes invités. „Il a su faire évoluer l’information, en s’efforçant de voir plus loin que l’actualité immédiate, en développant la réflexion de fond, dit de lui un ancien collaborateur qui lui conserve une grande estime. Il a aussi un bilan très positif dans le développement multimédias. Le site de la RSR a plusieurs longueurs d’avance sur ceux de la presse quotidienne.” Pendulaire genevois travaillant à Lausanne, Patrick Nussbaum a l’avantage du terrain. Heureux présage?: Son épouse n’est autre que Manuelle Pernoud, productrice et présentatrice de l’émission „A bon entendeur” du mardi soir (réd.: à ce chapitre, Gilles Marchand et sa femme forment un autre couple médiatique: Victoria Marchand est la rédactrice en chef de „com.in”, magazine de la communication et des médias).
Pas avant 2010/2011. Patrick Nussbaum a aussi a du métier et de l’entregent, on lui connaît peu d’ennemis déclarés, et il a en face, à la Télévision romande, un alter -ego qui vient de débuter à son poste. Bernard Rappaz, le nouveau rédacteur en chef de l’actualité à la TSR, n’est en fonction que depuis l’automne dernier. Seul son prédécesseur, André Crettenand, parti pour TV5 Monde, aurait été de taille à lui barrer la route. Nussbaum a désormais la voie dégagée. Une voie d’autant plus libre que l’on verrait mal une fusion radio-TV emmenée par deux cadres de la TSR aux postes clés. La fusion a bien sûr ses détracteurs, au sein des syndicats notamment qui font valoir le côté aléatoire et disproportionné des synergies envisagées entre la RSR (125 mio de francs de budget par année) et la TSR (322 mio). Les moyens de production TV sont beaucoup plus lourds, le déplacement des studios et régies du TJ engendrerait des coûts plus importants. Les opposants font aussi valoir que la tentative de rationaliser le travail à l’échelle régionale par des correspondants cantonaux communs a largement montré ses limites. La radio recherche l’information immédiate, la télévision ignore les infos sans image. La localisation sur un site unique entraînerait de coûteux investissements pour un bénéfice économique qui reste à démontrer, estiment les adversaires de la fusion. Copiloté par Gilles Marchand et Gérard Tschopp, le comité doit présenter un „préprojet” qui sera soumis au conseil de la RTSR, avant d’être présenté au Conseil d’administration national. Les premiers effets ne devraient pas se faire sentir avant 2010/2011. La future entité devrait être multimédias et multisites, à Genève comme à Lausanne. Les synergies devraient entraîner des économies de 6 à 10%. Ces moyens seraient réinjectés dans les programmes, une nouvelle hausse de la redevance étant exclue dans les cinq ans à venir.
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